La convocation en urgence à Kinshasa du président de l’assemblée provinciale de l’Équateur, Delssy Mata, par le vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur, fait plus que résonner comme un simple rappel à l’ordre. Elle symbolise l’embrasement d’une crise politique équateur dont les contours dépassent désormais les murs de l’hémicycle de Mbandaka pour s’inviter au plus haut niveau de l’État. Cette décision, intervenue dans la foulée d’une plénière mouvementée Mbandaka, agit comme un révélateur des tensions profondes qui traversent la province, cristallisées autour du dossier épineux des poursuites judiciaires gouverneur Bob Biloko.
L’origine de la tempête politique est à chercher dans l’examen d’un réquisitoire du Procureur de la République près la Cour de cassation, visant à obtenir l’autorisation de poursuivre le gouverneur Bobo Biloko Bolumbu. Si une commission parlementaire a estimé la requête fondée, l’assemblée plénière s’est transformée en champ de bataille procédural. La question apparemment technique du mode de scrutin – vote à main levée contre vote à bulletin secret – a dévoilé des lignes de fracture insoupçonnées. Le député Elongama, partisan d’un vote rapide et public, s’est heurté à l’obstruction de son collègue Louison Mubenga, brandissant l’article 73 du règlement intérieur comme un bouclier juridique. Dans cette impasse, le président Delssy Mata a choisi la prudence, suspendre la séance et saisir la Cour constitutionnelle. Une manoeuvre interprétée par ses détracteurs comme une tentative de gagner du temps, voire d’étouffer l’affaire.
Le véritable séisme s’est produit hors de l’hémicycle. La suspension de séance a paradoxalement libéré les passions. Quinze députés provinciaux, dans un geste d’une rare virulence, ont immédiatement désavoué publiquement Delssy Mata. Cette mise en scène, qualifiée de « déchéance unilatérale » par l’intéressé, illustre la déliquescence du dialogue au sein de l’organe délibérant. Delssy Mata a fermement rejeté cette tentative, la qualifiant d’anticonstitutionnelle et menée en dehors de « toutes les normes parlementaires ». Mais la machine était lancée. Le vice-président de l’assemblée a convoqué une nouvelle plénière pour ce lundi, avec un ordre du jour sans équivoque : voter la déchéance Delssy Mata de manière formelle. La capitale provinciale, Mbandaka, se retrouve ainsi au coeur d’une guerre de légitimité à deux vitesses, tandis que le principal concerné est appelé à répondre à la convocation urgence président assemblée équateur à Kinshasa.
Que cherche réellement le pouvoir central en convoquant Delssy Mata ? S’agit-il d’une simple médiation pour apaiser les esprits ou d’une manoeuvre plus subtile pour reprendre la main sur une crise locale qui échappe à son contrôle ? La présence du ministre de l’Intérieur dans cette équation n’est pas anodine. Elle suggère que la crise équatorienne est perçue à Kinshasa comme une menace pour l’ordre public et la stabilité institutionnelle. Le gouverneur Bobo Biloko, quant à lui, semble pour l’instant en retrait, bénéficiant des divisions parlementaires qui paralysent toute action à son encontre. Cette situation profite-t-elle à certains acteurs politiques nationaux qui y verraient l’occasion d’affaiblir un rival ou de redessiner les alliances dans la province ?
L’enjeu dépasse la simple personne de Delssy Mata ou de Bobo Biloko. Il touche au principe de séparation des pouvoirs et à la capacité d’une institution provinciale à exercer son contrôle sur l’exécutif. La crise met à nu les faiblesses d’un système où les règles de procédure deviennent des armes de combat politique. La saisine de la Cour constitutionnelle par le président de l’assemblée, bien que légale, apparaît comme un aveu d’impuissance et risque de prolonger indéfiniment un dossier qui exigerait pourtant clarté et célérité.
Les prochains jours seront décisifs. Tous les regards sont tournés vers Kinshasa, où l’audition de Delssy Mata pourrait déterminer l’issue du bras de fer. Parallelèlement, la tenue de la plénière à Mbandaka sur la déchéance crée une situation de double pouvoir potentiellement explosive. La crise politique équateur constitue un test de résistance pour les institutions démocratiques congolaises à l’échelle provinciale. Son dénouement, qu’il soit par le haut grâce à un dialogue apaisé ou par le bas via l’escalade des conflits, enverra un signal fort sur l’état de santé de la décentralisation et de la gouvernance en République Démocratique du Congo. Le pouvoir central pourra-t-il se contenter d’un rôle d’observateur ou sera-t-il contraint d’intervenir plus directement, au risque de s’aliéner une partie de la classe politique locale ? La suite des événements nous le dira, mais une chose est certaine : l’Équateur est entré dans une zone de turbulence dont il sera difficile de sortir sans dommages.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
