Les mains tremblantes, Marie, 17 ans, serre contre elle le seau en plastique rempli de produits d’hygiène. Depuis qu’elle a fui son village du groupement de Bagana, au Sud-Kivu, elle n’avait plus rien pour prendre soin d’elle durant ses règles. « Maintenant, je me sens de nouveau propre, digne », murmure-t-elle, les yeux brillants de gratitude. Comme elle, 44 autres femmes et adolescentes déplacées ont reçu ce dimanche 19 avril des kits hygiéniques distribués par le Club des filles reporters de la Radio communautaire de Bunyakiri.
Dans ce coin reculé de la République démocratique du Congo, où les conflits armés chassent régulièrement les populations de leurs foyers, cette initiative citoyenne brille comme un acte de résistance face à la précarité. Alors que des milliers de familles errent dans le territoire de Kalehe, sans accès aux besoins sanitaires de base, un groupe de jeunes filles journalistes a décidé de prendre les choses en main. Leur action, ciblant spécifiquement les femmes déplacées, répond à une urgence humaine souvent invisible.
Le Club des filles reporters, affilié à la Radio communautaire Bunyakiri, a mobilisé ses ressources pour constituer 45 kits complets. Financés par les cotisations des membres et des dons de solidarité locale, ces kits hygiéniques contiennent des articles essentiels : seaux, savons de toilette et de lessive, brosses à dents, sous-vêtements, et surtout, des bandes hygiéniques produites artisanalement par les filles elles-mêmes. Cette production locale réduit les coûts et assure une adaptation aux réalités du Sud-Kivu, où l’aide humanitaire peine à atteindre les zones les plus touchées.
Simon Mihona, responsable du Club, explique : « À travers cette action, nous avons voulu redonner un peu de dignité et de réconfort à ces femmes et adolescentes. Le manque d’hygiène en milieu de déplacement expose à des risques de violences et de maladies. C’est une réponse concrète à une urgence humaine. » Parmi les bénéficiaires, 20 femmes et 25 adolescentes, toutes victimes des combats dans leurs villages d’origine, voient dans ces kits hygiéniques un répit temporaire mais vital.
Mais au-delà du geste charitable, cette distribution met en lumière la vulnérabilité extrême des déplacées de guerre en RDC. Comment peut-on, en 2023, en être réduit à dépendre de la bonne volonté de quelques jeunes pour avoir des protections menstruelles ? La question hante les acteurs locaux. Dans le Sud-Kivu, région meurtrie par des décennies de violence, les femmes et les filles paient un lourd tribut. Privées de tout, elles sont souvent contraintes à des pratiques insalubres, avec des conséquences sur leur santé et leur sécurité. Les kits hygiéniques deviennent alors bien plus que des objets : un symbole de dignité retrouvée.
L’originalité de l’action réside dans sa dimension autonome et communautaire. Les bandes hygiéniques sont fabriquées sur place par les membres du Club, transformant ainsi un besoin urgent en une activité économique et éducative. « Nous apprenons à être autosuffisantes et à aider nos sœurs dans le besoin », confie une des filles reporters de Bunyakiri. Cette approche crée un cercle vertueux où la solidarité locale renforce la résilience des populations face aux crises.
Cette initiative, aussi modeste soit-elle, pose un jalon important pour la dignité des femmes déplacées. Elle montre que la solidarité communautaire, incarnée par des structures comme la Radio communautaire Bunyakiri, peut pallier les carences de l’aide humanitaire, souvent absente dans ces zones reculées. Pourtant, elle ne suffit pas. Les kits hygiéniques sont un premier pas, mais il faut des solutions durables : accès à l’eau potable, infrastructures sanitaires, et une paix durable dans le Sud-Kivu. En attendant, le Club des filles reporters de Bunyakiri continue son combat, un kit à la fois, pour que ces femmes ne soient plus invisibles et que leur voix porte au-delà des collines du Kivu.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
