« Avec un seul habit, il peut pleuvoir et vous dormez avec ce même habit mouillé, les poux peuvent vous envahir. » La voix tremblante de cet adolescent résume le calvaire quotidien vécu au centre d’hébergement de Lukuni. À 25 kilomètres de Lubumbashi, ce lieu censé être un havre de paix pour les enfants en rupture familiale du Haut-Katanga est devenu le symbole criant d’un abandon systémique. La récente visite de la ministre provinciale du genre, famille et enfant, vendredi 17 avril, a mis en lumière une réalité qui interpelle la conscience collective.
Les bâtiments, autrefois des espaces de vie et d’apprentissage, ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. L’intendance, les salles de cours, la salle de cinéma, le dortoir, tout a été pillé et saccagé. Qui est responsable de ce saccage ? Les anciens pensionnaires eux-mêmes, désespérés par l’absence de perspectives de réinsertion sociale. Leur acte de vandalisme est un cri de détresse, une manifestation violente de l’échec d’un système qui les a recueillis pour mieux les oublier. Le bureau du superviseur et le secrétariat, lieux de gestion, sont tout aussi délabrés, illustrant un abandon à tous les niveaux.
L’eau potable est un luxe inaccessible. La borne fontaine, victime d’une panne technique, ne fournit plus une goutte. Les enfants doivent-ils se contenter de cette carence fondamentale ? Le témoignage recueilli est sans appel : ils manquent de tout. Des vêtements de rechange, des chaussures, une nourriture digne. L’absence d’électricité plonge le centre dans l’obscurité dès la nuit tombée, privant les jeunes de toute distraction et, pire, d’un sentiment de sécurité. Comment, dans ces conditions, prétendre offrir une réhabilitation ou un avenir à ces mineurs vulnérables ?
Pourtant, le centre Lukuni n’a pas toujours présenté ce visage de désolation. Il y a quelques années, il incarnait l’espoir pour une grande partie des jeunes désœuvrés de Lubumbashi. Le gouvernement provincial du Haut-Katanga, dans le cadre de son ambitieuse opération zéro enfant sans abri, en avait fait un pilier de sa stratégie. Des centaines d’enfants avaient été soustraits à la précarité des rues pour trouver refuge entre ses murs. Que s’est-il passé pour qu’un tel projet tombe en ruine ? La visite de la ministre du genre est présentée comme une première étape vers une éventuelle réhabilitation du centre. Mais les promesses suffiront-elles à redonner confiance ?
La situation de Lukuni pose des questions fondamentales sur la protection de l’enfance en République Démocratique du Congo. La réhabilitation du centre pour enfants de Lubumbashi n’est pas qu’une question de reconstruction de murs. Elle engage la responsabilité collective face à ces enfants abandonnés. L’opération zéro enfant sans abri avait démontré une volonté politique. Son apparent échec à Lukuni révèle les failles d’un suivi et d’un engagement durable. La société peut-elle se permettre de laisser pour compte ceux qui n’ont pour seul tort que d’être nés dans la vulnérabilité ?
Les enjeux vont au-delà de la simple infrastructure. Il s’agit de restaurer la dignité, de redonner un cadre éducatif stable et de reconstruire des parcours de vie. La colère des anciens pensionnaires, ayant conduit au pillage, est un symptôme d’un profond sentiment d’injustice et d’abandon. Une véritable réhabilitation doit inclure un programme solide de réinsertion socio-économique, sans quoi le cycle de la précarité ne sera jamais brisé. La visite officielle doit être le catalyseur d’actions concrètes et rapides.
Le cas du centre Lukuni est un miroir tendu à la province du Haut-Katanga et au pays tout entier. Il interroge la capacité des institutions à tenir leurs engagements envers les plus fragiles. Alors que la ministre du genre évalue les dégâts, l’espoir renaît timidement parmi les enfants. Mais l’espoir ne nourrit pas, ne désaltère pas et n’éclaire pas. Seule une mobilisation réelle, allant au-delà des déclarations d’intention, pourra transformer ce symbole d’abandon en un véritable lieu de reconstruction pour les enfants en rupture familiale. L’avenir de ces jeunes, et in fine de la société, se joue aujourd’hui dans la réponse apportée à cette urgence humanitaire et sociale.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
