L’appel au changement de la Constitution lancé par l’évêque Pascal Mukuna, lors d’un Space X animé par Stanis Bujakera ce jeudi 4 juin, relance un débat aux implications profondes pour les citoyens congolais. Qualifiant l’actuelle loi fondamentale de « cadavre », le leader religieux a détaillé les failles d’un texte qui, selon lui, fragilise la cohésion nationale et alourdit inutilement les finances publiques.
Un texte constitutionnel piégé, selon Pascal Mukuna
Pascal Mukuna a rejeté l’idée que toute discussion sur la réforme constitutionnelle viserait à ouvrir la voie à un troisième mandat pour Félix Tshisekedi. « Aujourd’hui, quand on parle de changement de la constitution, les gens voient directement un 3e mandat pour le président de la République. Ce qui est faux », a-t-il insisté. Pour lui, le problème est ailleurs : le texte actuel contient des dispositions qu’il juge dangereuses. Il a notamment pointé l’article 51, qui évoque la protection des ethnies. « Y a-t-il des ethnies faibles ou vulnérables en RDC ? Il n’y en a pas. Mais cette constitution le dit et c’est un piège », a-t-il dénoncé. Autre source de préoccupation : l’article 217, déjà au cœur de polémiques. L’évêque estime « inacceptable » cette disposition, et soutient que le fait que la superficie du pays ne soit pas clairement indiquée dans la Constitution donne tout son sens à cet article, ouvrant la voie à des interprétations erronées.
Des institutions budgétivores sans valeur ajoutée
Au-delà des articles controversés, Pascal Mukuna a ciblé le fonctionnement des institutions, qu’il juge coûteuses et inefficaces. Le Sénat est dans son viseur : « Combien d’argent le Sénat coûte-t-il au trésor public et pour quel travail qui serait différent de celui de l’Assemblée nationale ? » s’est-il interrogé. Il propose sa suppression pure et simple dans une nouvelle constitution, afin que ces ressources soient utilisées autrement par l’État congolais. Concernant l’Assemblée nationale, il estime que le nombre actuel de députés (500) est excessif et suggère de le réduire à 250 ou 300. Ces propositions touchent directement au quotidien des Congolais, car les économies réalisées pourraient être réorientées vers des services publics essentiels.
La cohésion nationale menacée par les Assemblées provinciales
L’évêque a également critiqué le rôle des Assemblées provinciales, qu’il accuse de favoriser le « langage tribal ». Il plaide pour leur suppression et propose que les gouverneurs de province soient désormais nommés par le président de la République, afin de renforcer la cohésion nationale. Cette vision centralisatrice soulève la question de l’équilibre entre unité nationale et représentativité locale, un enjeu crucial dans un pays aussi vaste et diversifié que la RDC.
Le droit des Églises à participer au débat
Face aux critiques qui pourraient lui être adressées, Pascal Mukuna a défendu la légitimité des Églises à s’exprimer sur ce sujet. « Qui a interdit à l’Église de réfléchir ? Quand les autres, comme la Cenco, c’est-à-dire les catholiques, le font, qui condamne ? Nous sommes tous Congolais, et nous avons droit de réfléchir sur les questions qui concernent le pays », a-t-il affirmé, rejetant toute tentative de marginaliser les voix religieuses. Cette prise de position élargit le champ du débat constitutionnel, en y incluant des acteurs de la société civile souvent perçus comme des contre-pouvoirs.
En définitive, les propositions de Pascal Mukuna dessinent une refonte profonde de l’architecture institutionnelle, avec des conséquences directes sur la gouvernance et les finances publiques. Reste à savoir si ces idées trouveront un écho au-delà du cercle religieux, dans un contexte politique où la question du troisième mandat continue de cristalliser les tensions.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
