Dans les provinces rurales de la République Démocratique du Congo, l’accès des filles à une éducation de qualité, notamment technique, reste un parcours semé d’embûches. Pourtant, à Yangambi, dans la Tshopo, un vent d’espoir souffle sur l’Institut technique médical (ITM). Le vendredi 27 février, le projet Promotion de la santé de la mère et de l’enfant (PROMIS) a transformé le destin de huit jeunes filles en leur octroyant des bourses d’études complètes lors d’une cérémonie solennelle. Cette initiative, loin d’être un simple geste caritatif, représente un pari stratégique sur l’autonomisation économique des femmes par la formation.
Le choix de l’ITM de Yangambi n’est pas anodin. En ciblant une école technique médicale, le projet PROMIS, à travers l’association Bien-être familial membre de son consortium, mise sur l’acquisition de compétences professionnelles concrètes et recherchées dans le secteur de la santé. Didier Kamanga, coordonnateur de l’association, a précisé l’engagement : ces bourses d’études couvriront l’intégralité des trois années du cycle secondaire. « L’objectif est clair : aider ces filles à achever leurs études sans encombre financier. En les prenant dès la première année, nous nous assurons de leur diplomation et levons un obstacle majeur », a-t-il expliqué. Une approche qui vise à briser le cycle des abandons scolaires souvent causés par la précarité.
Pour l’administration de l’école, cette intervention est une bouffée d’oxygène. Victorine Munganga, préfet de l’établissement, n’a pas caché son soulagement. « Cette aide allège considérablement la charge qui pèse sur les parents. Mieux encore, les frais déjà payés pour cette année scolaire seront intégralement remboursés aux familles », s’est-elle félicitée. Au-delà de l’aspect financier, elle voit dans ce geste un puissant moteur de motivation pour l’ensemble des élèves et un argument de poids pour renforcer l’attractivité de l’ITM de Yangambi. Comment, en effet, ne pas être encouragé quand on voit que l’effort et le potentiel sont reconnus et soutenus ?
Cependant, ces bourses d’études ne sont pas une simple aide sans contrepartie. Elles s’accompagnent d’un contrat de performance exigeant : aucune tolérance n’est accordée à l’échec scolaire. Cette rigueur, alignée sur les objectifs de PROMIS, souligne que le projet vise à créer des actrices économiques indépendantes et compétentes, et non à distribuer des aides passives. Cette exigence interroge : le soutien institutionnel et pédagogique est-il suffisant pour garantir la réussite de ces jeunes filles dans un environnement souvent difficile ?
L’initiative de PROMIS à Yangambi s’inscrit dans un mouvement plus large en faveur de l’éducation des filles en RDC, particulièrement crucial dans des provinces comme la Tshopo. La formation technique y est perçue comme un levier essentiel pour lutter contre la pauvreté et les inégalités de genre. En formant des infirmières et des techniciennes médicales, c’est tout le système de santé local qui pourrait en bénéficier à moyen terme. Ces huit filles deviendront-elles les pionnières d’une génération transformée, capable de contribuer activement au développement de leur communauté ?
Alors que les défis persistent, ce coup de projecteur sur Yangambi montre que des solutions concrètes existent. Le modèle des bourses d’études couplées à un suivi exigeant pourrait inspirer d’autres acteurs du développement. L’enjeu futur réside dans la pérennisation de tels programmes et leur extension à d’autres filières et territoires, pour que chaque fille en RDC ait la chance de bâtir son avenir sur le socle solide de l’éducation.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
