La position de l’Église du Christ au Congo (ECC) dans le débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle suscite une vive réaction de l’opposant Seth Kikuni. Dans une lettre ouverte publiée ce lundi sur son compte X, l’ancien candidat à l’élection présidentielle dénonce ce qu’il qualifie d’absence de courage de l’institution religieuse. Le document, consulté par la rédaction, critique la posture adoptée lors de la 66e session extraordinaire de l’ECC.
Une déclaration jugée ambiguë
Seth Kikuni affirme avoir relu à plusieurs reprises le communiqué issu de cette session. « Plus je lis, plus je suis sidéré. Non pas par la complexité du texte, mais par son absence de courage », écrit-il. Il cible particulièrement le passage où l’ECC estime que « toutes les réflexions présentées sur la nécessité de réformes constitutionnelles et les contraintes y afférentes sont pertinentes et constructives ». Selon lui, cette formulation met sur un pied d’égalité la défense des acquis démocratiques et les initiatives visant à modifier la Constitution. « Vous venez de dire que changer la Constitution, dans le contexte actuel, est une option aussi respectable que la défendre », accuse-t-il. L’opposant y voit une neutralité qui, dans le contexte politique actuel, équivaut à un soutien implicite au processus de révision.
La Constitution, un pacte républicain menacé
Tout en reconnaissant que la Constitution du 18 février 2006 comporte des imperfections, l’opposant insiste sur son rôle fondateur. Elle demeure, selon lui, le socle du pacte républicain conclu après des années de guerre et de transition politique. « La remettre en cause aujourd’hui n’est pas un exercice démocratique. C’est une folie », déclare-t-il. Seth Kikuni exhorte l’ECC à se prononcer clairement en faveur du respect des articles 218, 219 et 220 de la Constitution. Ces articles, qui verrouillent certaines dispositions, sont au cœur des tensions politiques actuelles. Pour l’opposant, toute tentative de modification dans le climat présent risque de déstabiliser les institutions et de rompre le consensus national péniblement acquis.
Les priorités de la population ignorées
Pour Seth Kikuni, le débat constitutionnel est déconnecté des réalités quotidiennes des Congolais. « Ce peuple-là n’a pas demandé un changement de la Constitution. Il demande la paix, du pain, des écoles, des routes et de la sécurité », soutient-il. Il accuse l’ECC d’adopter une « neutralité complaisante » et l’appelle à retrouver sa mission prophétique. « La mission prophétique, ce n’est pas d’écouter les deux camps et de conclure que les avis sont intéressants. La mission prophétique, c’est de dire la vérité, même lorsqu’elle dérange », insiste-t-il. L’opposant rappelle que l’Église a historiquement joué un rôle de contre-pouvoir face aux dérives autoritaires, et que son silence actuel est perçu comme un renoncement.
Un appel au retrait d’une « bénédiction implicite »
L’opposant demande à l’Église protestante de retirer ce qu’il qualifie de « bénédiction implicite » au processus en cours. Il conclut sa lettre en invitant l’ECC à retrouver « sa voix, celle qui faisait trembler les dictateurs et espérer les opprimés », et à dire non à ce qu’il nomme « l’aventure constitutionnelle ». Cette prise de position intervient alors que le débat sur la réforme constitutionnelle divise la classe politique et la société civile. La réaction de l’ECC à cette lettre ouverte n’est pas encore connue.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net
