L’évêque du diocèse de Butembo-Beni, Mgr Sikulu Paluku Melchisédech, a publié un message de compassion dans lequel il dénonce la priorité accordée par les dirigeants congolais au projet de changement de la Constitution, alors que les populations civiles de l’Est subissent des massacres récurrents attribués aux rebelles de l’AFC/M23 et aux ADF. Le prélat catholique, dont le diocèse couvre les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, exprime sa stupéfaction face à ce qu’il qualifie de décalage entre les urgences sécuritaires et l’agenda politique.
Une critique directe des priorités du pouvoir
Dans son texte, Mgr Sikulu Paluku Melchisédech vise nommément le président de la République, le gouvernement, les députés et les sénateurs. Il leur reproche de concentrer leurs efforts sur la révision de la loi fondamentale, au détriment de la protection des civils. « Le Président de la République, le Gouvernement, les Députés et les Sénateurs semblent tous préoccupés par la volonté de changer la Constitution, oubliant que cela apparaît comme un cautionnement de la division du pays, que les Congolais redoutent », écrit-il. Cette déclaration intervient alors que l’opposition qualifie le projet de « funeste ».
Un appel à la responsabilité des dirigeants
L’évêque rappelle que la finalité du pouvoir est le service du peuple, et non la poursuite d’objectifs politiques perçus comme éloignés des réalités. Il interpelle directement le chef de l’État : « Le chef de l’État ne peut pas oublier que la finalité du pouvoir, c’est d’abord le service du peuple ». Plutôt que de prioriser une révision de la Constitution de 2006, Mgr Sikulu appelle les gouvernants à s’atteler à « la recherche de réponses adéquates aux attentes profondes de la population ».
Le contexte sécuritaire comme toile de fond
Ce message fait suite à une série d’attaques meurtrières dans la région. Dans la nuit du 2 au 3 juin, une vingtaine de civils ont été massacrés dans la ville de Beni. Quelques jours plus tard, une dizaine d’autres personnes ont été tuées dans l’agglomération de Mbau, située à 22 kilomètres de Beni, dans la province de l’Ituri. Ces violences sont attribuées aux ADF-Nalu, un groupe armé actif dans la zone depuis des années.
Une mise en garde contre la division du pays
Mgr Sikulu Paluku Melchisédech met en garde contre ce qu’il considère comme un risque de division nationale inhérent au projet de changement constitutionnel. Il souligne que les Congolais redoutent un tel scénario, et que l’insistance des dirigeants sur cette question pourrait être interprétée comme un « cautionnement » de cette division. Le prélat invite chaque citoyen à s’interroger sur son rôle dans la construction ou la dégradation du pays, en rappelant que la foi chrétienne enseigne que l’homme est destiné au bonheur, lequel passe par la paix, la justice, la souveraineté et l’intégrité territoriale.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
