La capitale congolaise, Kinshasa, s’apprête à connaître une mutation sans précédent. Par un arrêté ministériel signé le 20 avril 2026, le gouvernement a déclaré d’utilité publique un vaste périmètre de plus de 43 000 hectares dans la commune de Maluku. Derrière cet acte administratif se dessine une volonté affichée de maîtriser l’expansion urbaine de Kinshasa, mais aussi une opération qui touche un symbole politique de taille : le domaine de Kingakati, intimement lié à l’ancien président Joseph Kabila.
L’arrêté ministériel, émanant du ministère des Affaires foncières, délimite un espace destiné à accueillir des projets d’aménagement aux vocations multiples : zones industrielles, agricoles, logistiques, résidentielles et environnementales. Le document officialise ainsi le projet d’urbanisation de Kinshasa qui entend projeter la mégapole vers l’est, dans une logique de désengorgement et de modernisation. Faut-il y voir une simple opération d’aménagement du territoire ou une manœuvre visant à déposséder un adversaire politique ?
Le périmètre inclut en effet le domaine de Kingakati, réputé pour être associé à l’ancien chef de l’État. Cette inclusion n’a pas manqué de faire réagir : coïncidence temporelle ou calcul froidement préparé ? Officiellement, il s’agit d’une opportunité foncière évidente pour structurer de nouveaux pôles économiques. Mais dans les arcanes politiques de Kinshasa, les interprétations pullulent. L’utilité publique a parfois bon dos lorsqu’il s’agit de redessiner les équilibres de pouvoir.
Les autorités justifient l’initiative par les défis d’une ville de plus de 17 millions d’habitants, étouffée par une urbanisation anarchique. La déclaration d’utilité publique de Maluku permet à l’État d’engager des procédures d’expropriation, conformément à la loi congolaise. Plusieurs villages situés dans les groupements Nguma et Kingakati sont directement concernés. Le gouvernement promet la création de réserves foncières, d’une base logistique moderne et d’infrastructures de transport capables d’accompagner cette expansion.
« Il est impératif de planifier dès aujourd’hui la Kinshasa de demain, sous peine d’étouffer dans un chaos urbain ingérable », martèle-t-on dans l’entourage du ministre. L’argument est recevable, tant la capitale incarne un monstre urbain aux infrastructures dépassées. Mais en intégrant Kingakati, le signal politique est-il brouillé ou intentionnellement clair ?
Du côté de l’entourage de Joseph Kabila, le silence radio est assourdissant. Ni confirmation, ni démenti, ni protestation. Ce mutisme alimente toutes les spéculations : l’ancien président, qui conserve une influence dans certains cercles, aurait-il été pris de court ? Ou prépare-t-il une contre-offensive discrète ? Une certitude : le nom de Kabila reste un totem dans le paysage politique congolais, et tout ce qui touche à ses possessions est scruté à la loupe.
L’arrêté ministériel Kinshasa 2026 marque ainsi une étape qui dépasse la simple urbanisation. Il s’agit d’un test de la détermination du régime actuel à défier l’héritage foncier et symbolique de l’ancienne présidence. Les expropriations à venir seront-elles menées sans heurts ou enflammeront-elles un contentieux latent ? Les prochains mois diront si la marche de Kinshasa vers l’est se fera sous le signe du développement ou sous celui des règlements de comptes.
Alors que la ville absorbe inexorablement ses périphéries, le projet de Maluku apparaît comme un laboratoire de la restructuration territoriale. Mais le foncier, en RDC, est aussi un champ de bataille politique. Orphelin de réaction officielle, le domaine de Kingakati Joseph Kabila se retrouve au cœur d’une manœuvre aux allures de pavé dans la mare. Le développement urbain sert-il de noble prétexte à une neutralisation politique ? La question mérite d’être posée.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
