AccueilActualitéPolitiqueBeni : «BayoTshisekedi2028» contre la révision constitutionnelle

Beni : «BayoTshisekedi2028» contre la révision constitutionnelle

Dans les dédales de la cité de Beni, au Nord-Kivu, une nouvelle étincelle politique vient d’éclore. Des mouvements citoyens et groupes de pression ont officiellement lancé, ce week-end, la « Dynamique Non au changement de la Constitution », un collectif résolument opposé à toute révision de la loi fondamentale. Le message, limpide, tient dans un slogan choc : « BayoTshisekedi2028 ». Une manière de rappeler que, pour ces militants, le second et dernier mandat du président Félix Tshisekedi doit impérativement s’achever à l’horizon 2028, conformément à la Constitution.

Cette initiative, née dans une région en proie à une insécurité persistante, constitue un pavé dans la mare du débat national qui agite la République démocratique du Congo. Depuis plusieurs mois, des voix s’élèvent, au sein de la majorité présidentielle, pour évoquer un « changement de la Constitution », justifié par la nécessité d’adapter le texte aux réalités du pays, voire, selon certains, de permettre au chef de l’État de briguer un nouveau mandat. La dynamique citoyenne de Beni, elle, tranche net : pas question de toucher à la Constitution, encore moins de prolonger l’exercice du pouvoir au-delà de 2028.

« Nous disons non à toute tentative de révision constitutionnelle, et non au maintien de Félix Tshisekedi après la fin de son mandat », peut-on lire dans la déclaration fondatrice, signée par plusieurs personnalités de la société civile locale. Le collectif enfonce le clou en mettant en exergue deux plaies béantes que l’état de siège, décrété en mai 2021 dans le Nord-Kivu et l’Ituri, n’a pu cicatriser : l’insécurité chronique et la détérioration du pouvoir d’achat. Les groupes armés continuent de semer la terreur dans les villages, tandis que les fonctionnaires attendent toujours le paiement régulier de leurs salaires. Comment, dès lors, parler de réforme constitutionnelle quand le contrat social de base n’est même pas honoré ?

Cette opposition à la révision constitutionnelle en RDC s’ancre donc dans un terreau de frustrations sociales. La dynamique citoyenne de Beni entend transformer cette colère en mobilisation pacifique. Des actions de sensibilisation, des prises de parole publiques et des campagnes d’affichage sont annoncées sous la bannière « BayoTshisekedi2028 ». Un jeu de mots en lingala qui signifie « Tshisekedi, laisse tomber en 2028 », mais aussi un écho au slogan « Bayo », utilisé par les mouvements de contestation de la région. La stratégie est habile : allier le rejet du changement constitutionnel à une critique frontale de la gouvernance sécuritaire et économique.

Mais, au-delà du folklore militant, cette dynamique peut-elle vraiment entraver les ambitions présidentielles ? La question mérite d’être posée, tant l’équation politique congolaise semble, pour l’instant, favorable au pouvoir. Le président Tshisekedi, dont le parti a raflé une large majorité parlementaire, dispose d’une marge de manœuvre confortable pour initier un processus de révision. Pourtant, la fronde benoîte révèle un malaise plus profond : celui d’une population exsangue qui perçoit la velléité de changement constitutionnel comme une fuite en avant éloignée de ses préoccupations immédiates.

L’état de siège à Beni et dans l’Ituri, promesse d’un retour à la paix, n’a délivré que des résultats mitigés. Les massacres se poursuivent, la méfiance envers les autorités militaires grandit, et la dynamique citoyenne en profite pour rappeler que la légitimité politique ne s’achète pas à coups de révisions textuelles. À quelques encablures de 2028, la fin de mandat de Félix Tshisekedi devient un marqueur de la bataille pour la préservation des acquis démocratiques. Le message de Beni, s’il fait tache d’huile, pourrait bien constituer une épine dans le pied d’un exécutif tenté par la modification des règles du jeu.

Reste à savoir si les formations de l’opposition, les confessions religieuses et les autres organisations de la société civile accepteront de se fédérer autour de cette dynamique. L’appel est lancé. Dans un pays où la rue a souvent dicté le tempo politique, la mobilisation de Beni, aussi symbolique soit-elle, aura valeur de test. La Constitution, ultime rempart contre l’arbitraire, devra être défendue par ceux-là mêmes qui en sont les garants : le peuple. En attendant, le slogan « BayoTshisekedi2028 » résonne comme un avertissement. Un énième, mais peut-être le plus bruyant.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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