À la veille de la journée « ville morte » appelée par la coalition d’opposition Article 64 pour ce mercredi 3 juin 2026, le Vice-Premier ministre de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, a émis une note de service qui résonne comme un avertissement sans équivoque. Destinée aux responsables administratifs de Kinshasa, elle rappelle que l’administration publique ne saurait se laisser entraîner dans des luttes partisanes.
L’apolitisme constitutionnel opposé à la mobilisation de l’opposition
Le ton est donné dès les premières lignes de la circulaire signée lundi 1er juin : l’appel à la ville morte « ne s’inscrit ni dans le respect des dispositions pertinentes de la Constitution, ni des prescrits légaux et réglementaires en vigueur ». En s’appuyant sur l’article 193 de la loi fondamentale, qui consacre le caractère apolitique, neutre et impartial de l’administration, le ministre enjoint les cadres et agents à se tenir « à l’écart de toute forme d’activisme politique ». Une position qui, juridiquement, ne souffre guère de contestation, mais qui intervient dans un climat de crispation politique croissante.
Des inspections annoncées pour dissuader l’absentéisme
Pour s’assurer que les services publics fonctionnent normalement ce mercredi, Jean-Pierre Lihau annonce le déploiement, dès ce mardi 2 juin, de missions d’inspection au sein de tous les services. L’objectif : vérifier le respect effectif des obligations de présence au poste de travail. Les rapports de présences et d’absences devront être transmis au plus tard le 20 juin prochain. Le message est clair : « Les cadres et agents qui, durant les journées concernées par les mobilisations politiques, se rendraient absents de leurs postes sans motif légalement valable, ne pourraient s’en prendre qu’à eux-mêmes quant aux conséquences qui pourraient en découler ». Une menace de sanctions qui rappelle que l’assiduité est une « obligation essentielle » de tout agent public.
Derrière la discipline administrative, la bataille du changement constitutionnel
Si le ministre de la Fonction publique se place sur le terrain strict de la régularité administrative, son intervention ne peut être dissociée du contexte politique global. La coalition Article 64, qui rassemble des opposants de poids, entend faire de cette journée ville morte un premier test de sa capacité de mobilisation. Son objectif affiché : dénoncer ce qu’ils perçoivent comme une volonté de la majorité présidentielle de modifier la Constitution pour permettre à Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028. Pour ces leaders, l’appel à la paralysie est un acte de défense de l’ordre constitutionnel face à un projet qu’ils jugent liberticide.
La sévérité de la note de service de Jean-Pierre Lihau illustre, en creux, la nervosité du camp au pouvoir face à cette tentative de remobilisation populaire. En insistant sur l’apolitisme des agents de l’État, le gouvernement cherche à priver l’opposition d’une caisse de résonance administrative tout en protégeant le fonctionnement routinier de la capitale. Mais cette posture expose aussi une tension profonde : jusqu’où un fonctionnaire doit-il taire ses convictions personnelles lorsque le débat porte sur l’avenir même des institutions ? La question reste ouverte, mais pour demain, le mot d’ordre est sans équivoque : les bureaux doivent rester ouverts, et les absents seront comptés.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Sources: Actualite.cd, actu30.cd
