Dans un contexte de crispation politique croissante en République démocratique du Congo, l’opposant Moïse Katumbi a lancé, via une vidéo en lingala, un appel à une journée ville morte ce mercredi 3 juin. Une initiative visant à protester contre le projet de changement constitutionnel porté par le président Félix Tshisekedi, que l’ex-gouverneur du Katanga accuse de mensonges et d’immobilisme.
Dans son message adressé à la population, Katumbi a dressé un constat sévère du bilan du régime. « Le programme fallacieux arrive à son terme, la souffrance augmente, où est l’emploi, l’insécurité c’est chaque jour dans tout le pays, où l’eau, où l’électricité », a-t-il lancé, fustigeant ce qu’il qualifie de « sorcellerie » après huit années de gouvernance incluant l’ère Tshisekedi. L’opposant, contraint à l’exil, a particulièrement ciblé l’argument avancé par la présidence selon lequel le partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis exigerait des réformes judiciaires passant par un changement de la loi fondamentale. « Demandez-leur, quel Américain a dit ces histoires-là. C’est du mensonge pur et simple », a-t-il rétorqué.
Moïse Katumbi appelle donc les Congolais à un mouvement de désobéissance civile. « Papas, mamans, mes jeunes frères, nous refusons le changement de constitution. Le 3 juin, restons tous à la maison. C’est une journée ville morte. Nous devons leur montrer qu’ils n’ont fait que détourner les fonds de l’État », a-t-il insisté. Il a en outre exhorté les forces de l’ordre — police et armée — à ne pas réprimer les éventuelles manifestations, leur rappelant leur mission constitutionnelle de protection des civils.
Cette sortie s’inscrit dans une dynamique de recomposition de l’opposition. Peu avant, Jean-Marc Kabund, ancien allié de Tshisekedi devenu frondeur, avait également appelé les Kinois à s’opposer au projet, dénonçant une manœuvre visant à octroyer au chef de l’État un pouvoir sans limite. La convergence de ces voix, malgré leurs divergences passées, dessine un front élargi contre la révision constitutionnelle.
Le pouvoir se trouve ainsi confronté à une contestation multiforme. Alors que le camp présidentiel justifie la modification de la constitution de 2006 par la nécessité de moderniser les institutions et d’approfondir l’État de droit, l’opposition y voit un prétexte pour autoriser un troisième mandat ou verrouiller le système. Le débat, éminemment sensible, ravive les fractures politiques et les souvenirs des crises antérieures.
Dans ce climat tendu, une contre-mobilisation s’organise. L’Église de Réveil a annoncé une marche de soutien au changement constitutionnel ce vendredi 5 juin à Kinshasa. Objectif : démontrer les écueils de l’actuelle loi fondamentale, promulguée en 2006 sous Joseph Kabila, et afficher une adhésion populaire aux réformes. Cette initiative, perçue par certains comme une instrumentalisation du religieux à des fins politiques, risque de cristalliser davantage les antagonismes dans la capitale.
L’appel à la ville morte de Katumbi constitue ainsi un test grandeur nature pour l’opposition. Au-delà du succès ou de l’échec de la journée du 3 juin, c’est la capacité de mobilisation et l’assise populaire des détracteurs du président qui seront scrutées. Pour l’exécutif, l’enjeu est de mesurer l’étendue du mécontentement social, dans un pays où les promesses électorales de 2018 peinent à se concrétiser.
La confrontation des calendriers — journée ville morte le 3, marche pro-réforme le 5 — illustre une polarisation qui ne cesse de s’aggraver. Dans un État où les tensions ethniques et régionales sont toujours promptes à s’enflammer, le dialogue politique apparaît plus que jamais nécessaire pour éviter une escalade aux conséquences imprévisibles. Pour l’heure, aucun signal d’apaisement n’émane des deux camps, laissant craindre une semaine décisive pour la stabilité du pays.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
