AccueilActualitéPolitiqueIndépendance du CSAC : Christian Bosembe dans le déni ?

Indépendance du CSAC : Christian Bosembe dans le déni ?

Face aux caméras virtuelles d’un espace numérique animé par les journalistes Stanis Bujakera Tshiamala et Patient Ligodi, Christian Bosembe, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), a livré un plaidoyer aussi enflammé qu’attendu pour défendre son indépendance. La scène, quasi-judiciaire, a vu l’homme fort du régulateur des médias congolais rejeter en bloc toute accusation d’allégeance au pouvoir de Félix Tshisekedi. Mais l’argumentaire, bien que ciselé, n’a pas entièrement dissipé les soupçons qui pèsent sur une institution dont la crédibilité vacille.

D’entrée de jeu, Bosembe a reconnu sans ambages sa qualité de délégué de la présidence au sein du CSAC, un statut qui nourrit précisément les critiques sur son indépendance. « Une fois que nous sommes élus au CSAC, c’est terminé », a-t-il tranché, dans une formule qui se veut définitive. Se comparant à un juge tenu à un « serment d’ingratitude » envers ceux qui l’ont nommé, le président du CSAC a tenté de retourner l’argument de la nomination présidentielle en preuve de vertu. Mais peut-on vraiment exiger d’un délégué de la présidence qu’il fasse table rase de ses loyautés antérieures ?

La métaphore judiciaire, pour élégante qu’elle soit, achoppe sur une réalité institutionnelle congolaise où les contre-pouvoirs sont souvent moins robustes que les fidélités politiques. Christian Bosembe a d’ailleurs enfoncé le clou en qualifiant la présidence de Félix Tshisekedi de « bénédiction », dépeignant un chef de l’État peu enclin au favoritisme et d’un respect scrupuleux de l’autonomie des institutions. Un éloge appuyé qui, s’il rassure sur les bonnes dispositions du locataire du Palais de la Nation, peut aussi être interprété comme un gage d’allégeance paradoxal : louer la mansuétude du prince, n’est-ce pas déjà reconnaître sa dépendance ?

Le président du CSAC a affirmé n’avoir jamais été sollicité, que ce soit par le président lui-même ou par ses collaborateurs, pour orienter une décision du régulateur. Une déclaration qui, si elle est avérée, témoignerait d’une vertueuse retenue de la part de l’exécutif. Mais l’absence d’injonction explicite ne garantit pas l’absence d’influence. Dans un système où les nominations discrétionnaires sont la norme, la simple perspective d’une disgrâce peut suffire à aligner les volontés. Christian Bosembe, en insistant sur la liberté totale dont il jouirait, oublie peut-être que l’indépendance ne se décrète pas, elle se constate dans les actes.

Les accusations d’allégeance au pouvoir ne datent pas d’hier. Elles ressurgissent à chaque décision controversée du CSAC, qu’il s’agisse de la suspension de médias critiques ou de nominations internes opaques. Le plaidoyer de Bosembe, livré dans un cadre pourtant propice à l’échange contradictoire, avait tout d’un exercice de communication maîtrisé plutôt que d’un débat ouvert. Les questions précises des journalistes ont-elles reçu des réponses à la hauteur des attentes ? Rien n’est moins sûr.

La comparaison avec le serment d’ingratitude des juges est à cet égard révélatrice. Ce principe, noble en théorie, exige que le magistrat fasse abstraction de toute reconnaissance envers l’autorité de nomination. Mais dans un État de droit fragile, où l’indépendance de la justice elle-même est souvent questionnée, transposer ce modèle à une autorité de régulation des médias relève d’une gageure. Le CSAC n’est pas une cour de justice ; ses membres ne sont pas inamovibles. Dès lors, le « serment » invoqué par Bosembe ressemble davantage à une incantation qu’à une garantie.

Loin de clore le débat, cette sortie médiatique aura sans doute relancé les interrogations sur la véritable autonomie du régulateur. Alors que les prochaines échéances politiques approchent et que le paysage médiatique congolais se tend, les yeux seront rivés sur les décisions du CSAC. Christian Bosembe, en se présentant comme un rempart d’indépendance, a mis sa crédibilité en jeu. Le verdict, lui, appartiendra aux faits, et non aux mots.

Une chose est sûre : dans une République où les institutions peinent à trouver leur équilibre, le besoin d’un régulateur véritablement indépendant n’a jamais été aussi criant. Le président du CSAC joue gros avec cette défense, dont l’échec pourrait fragiliser durablement la légitimité de son institution déjà sous tension. L’avenir dira si la « bénédiction » présidentielle est un atout ou un fardeau pour le garant de l’éthique médiatique en RDC.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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