Une alerte sanitaire vient d’être déclenchée dans la zone de santé de Miti-Murhesa, en territoire de Kabare, à une vingtaine de kilomètres au nord de Bukavu. Un jeune homme d’une vingtaine d’années, présentant un tableau clinique évocateur de fièvre hémorragique, est décédé ce mercredi à l’hôpital de Lwiro. Ce cas suspect de virus Ebola, en provenance directe de l’Ituri — épicentre d’une épidémie active —, ravive l’inquiétude du corps médical au Sud-Kivu et met en lumière les fragilités d’un système de santé constamment sur le qui-vive.
Mais pourquoi une telle mobilisation autour d’un seul décès ? Parce que le virus Ebola, tel un incendie invisible, se propage par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée : sang, salive, sueur, vomissures. Une simple accolade à un malade, une manipulation peu prudente d’un drap souillé, et la chaîne de transmission peut s’embraser. Avec un taux de létalité oscillant entre 25 % et 90 % selon les souches et la précocité de la prise en charge, chaque cas suspect doit être traité comme une urgence absolue. En RDC, pays qui a connu 15 épidémies d’Ebola depuis 1976, la mémoire collective reste marquée par les ravages de cette maladie.
Le parcours du patient illustre parfaitement le danger des retards diagnostiques. Originaire de l’Ituri, il était récemment arrivé dans la région avec son épouse et son jeune frère. Plutôt que de se diriger immédiatement vers une structure de santé officielle, il a d’abord consulté un cabinet privé, puis un tradipraticien. Ce n’est que face à l’aggravation brutale des symptômes — fièvre intense, vomissements, saignements — qu’il a été orienté vers le centre de santé local, puis transféré à Lwiro où il a succombé. Le docteur Crispin Mutwedu, épidémiologiste à la Division provinciale de la santé du Sud-Kivu, a confirmé que « l’homme est décédé avec des saignements et une forte fièvre », signes caractéristiques de la maladie à virus Ebola. Cette errance thérapeutique, somme toute fréquente dans des contextes où la médecine traditionnelle reste le premier recours, multiplie les contacts à risque et complique l’indispensable traçage épidémiologique.
Aussitôt alertées, les équipes d’intervention rapide se sont déployées. Un enterrement digne et sécurisé a été organisé pour limiter l’exposition communautaire, car les rites funéraires traditionnels impliquent souvent le lavage des corps, un moment à très haut risque. Dans le même temps, l’attention s’est portée sur les proches : l’épouse et le petit frère du défunt ont commencé à développer fièvre et violents maux de tête, des symptômes validés par les autorités pour une investigation approfondie. Ces deux cas sont désormais isolés et surveillés de près.
Quatre échantillons biologiques ont été acheminés en urgence au laboratoire de l’Institut national de recherche biomédicale à Goma, où des analyses moléculaires de type PCR détermineront s’il s’agit bien du virus Ebola et, le cas échéant, de quelle souche. Les résultats sont attendus dans les prochaines heures. En attendant, la province se dit « aux aguets ». La situation de l’épidémie en Ituri, avec des foyers encore actifs, rappelle le risque permanent de propagation interprovinciale. Comment ne pas craindre, justement, que le territoire de Kabare ne devienne le point de départ d’une flambée au Sud-Kivu ?
Face à cette menace, les gestes barrières simples restent le rempart le plus efficace : se laver régulièrement les mains à l’eau et au savon, éviter tout contact avec les malades suspects ou les dépouilles, et signaler immédiatement au centre de santé le plus proche toute personne présentant une fièvre brutale accompagnée de saignements. La détection précoce change radicalement le pronostic ; une prise en charge symptomatique rapide — réhydratation, stabilisation de la tension, traitement des surinfections — peut faire chuter la mortalité de façon spectaculaire. En RDC, les équipes sanitaires formées au cours des précédentes épidémies disposent aujourd’hui d’une solide expérience, mais la vigilance de chacun reste indispensable.
En définitive, ce cas suspect à Miti-Murhesa est un signal d’alarme. Il nous oblige à regarder en face la circulation silencieuse du virus et la nécessité de renforcer la surveillance transfrontalière, même entre provinces. Le résultat des tests de Goma sera décisif. D’ici là, informer sans alarmer, protéger sans stigmatiser : voilà l’équilibre délicat que les autorités sanitaires s’efforcent de maintenir.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
