AccueilActualitéSantéKabare : un mort suspect ravive la psychose Ebola au Sud-Kivu

Kabare : un mort suspect ravive la psychose Ebola au Sud-Kivu

Le territoire de Kabare, à seulement une vingtaine de kilomètres de Bukavu, retient son souffle. Un cas suspect de fièvre hémorragique, rapidement relié au virus Ebola, vient de plonger la zone de santé de Miti-Murhesa dans une alerte sanitaire inédite ce mois de janvier 2025. L’histoire, tragique, débute avec un jeune homme d’une vingtaine d’années, décédé dans des circonstances qui évoquent les chapitres les plus sombres de l’épidémiologie congolaise. Mais que s’est-il réellement passé, et pourquoi cette alerte résonne-t-elle si fort dans la province du Sud-Kivu ?

Tout commence en Ituri, foyer actif de l’épidémie d’Ebola. Le patient, accompagné de son épouse et de son jeune frère, quitte cette province pour s’installer à Kabare. Souffrant déjà, il consulte d’abord un cabinet privé, puis un tradipraticien – un parcours de soins trop fréquent en RDC, où la méfiance envers le système officiel et les croyances traditionnelles retardent souvent la prise en charge. Cette errance thérapeutique a peut-être scellé son destin : les symptômes se sont aggravés, mêlant fièvre intense et saignements, tableaux cliniques typiques d’une fièvre hémorragique virale.

Face à la dégradation brutale de son état, le jeune homme est finalement transféré du centre de santé local vers l’hôpital de Lwiro, où il succombe. « L’homme est décédé avec des saignements et une forte fièvre », confirme le docteur Crispin Mutwedu, médecin épidémiologiste à la Division provinciale de la santé (DPS) du Sud-Kivu. Ces mots, lourds de sens, rappellent une vérité implacable : la maladie à virus Ebola reste l’une des menaces les plus redoutables pour la santé en RDC.

Mais qu’est-ce que la fièvre hémorragique exactement ? Pour le comprendre, imaginez un incendie interne : le virus s’attaque aux parois des vaisseaux sanguins, provoquant fuites et saignements diffus. La transmission se fait par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée – une simple accolade, un soin prodigué sans gants, une toilette funéraire traditionnelle suffisent pour propager le feu. C’est pourquoi, à chaque alerte, une course contre la montre s’engage.

Immédiatement après le décès, les équipes d’intervention rapide de la DPS se sont déployées à Kabare. Leur priorité : sécuriser la dépouille et briser la chaîne de contamination. Un enterrement digne et sécurisé (EDS) a été organisé, protocole rigoureux qui neutralise le virus dans le corps du défunt. Mais l’inquiétude ne s’arrête pas là. L’épouse et le petit frère du disparu ont, à leur tour, commencé à présenter des signes alarmants : fièvre, violentes céphalées. Leurs cas, validés par les autorités médicales, font désormais l’objet d’investigations strictes. Comment ne pas craindre un nouveau foyer épidémique ?

Quatre échantillons biologiques ont été prélevés, centralisés à Bukavu tard dans la soirée, puis expédiés en urgence vers le laboratoire de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) de Goma, au Nord-Kivu. Ces analyses moléculaires, véritable juge de paix, confirmeront ou infirmeront la présence du virus Ebola dans les prochains jours. Les autorités sanitaires provinciales se disent « aux aguets », une expression qui traduit la vigilance extrême d’un système qui a déjà payé un lourd tribut aux épidémies. Le Sud-Kivu, relativement épargné jusqu’ici, craint aujourd’hui la propagation d’un mal venu d’Ituri.

Cette alerte sanitaire au Sud-Kivu réveille des souvenirs douloureux. La RDC a connu sa dixième épidémie d’Ebola entre 2018 et 2020 dans l’Est, la plus meurtrière de son histoire. Depuis, chaque cas suspect mobilise une réponse d’urgence. Ici, à Kabare, le drame individuel pourrait se muer en crise collective si les mesures de surveillance échouent. Le parcours du patient – de la consultation privée au tradipraticien – soulève aussi une question fondamentale : comment renforcer la confiance des populations dans le circuit médical officiel ? Sans adhésion communautaire, le virus continue de profiter des failles.

En attendant les résultats, les équipes sanitaires multiplient les sensibilisations. La population de Kabare est appelée à respecter les gestes barrières : éviter les contacts physiques avec les malades suspects, signaler rapidement tout cas de fièvre ou de saignement, et surtout, ne pas toucher les corps lors des décès inexpliqués. L’épidémiologiste Mutwedu insiste : « La vigilance de chacun est notre meilleur bouclier. » Une vérité simple, mais cruciale.

Le spectre d’Ebola continue de planer sur la RDC. Alors que le pays lutte déjà contre d’autres urgences sanitaires, ce nouveau cas suspect au Sud-Kivu montre que la résilience du système de santé reste fragile. Si la confirmation viendra de Goma, une certitude demeure : dans la guerre contre ce virus, chaque minute compte, et chaque citoyen est un acteur de la prévention.

Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net

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Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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