Le lundi 18 mai à Kinshasa, une déclaration politique de l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo et Alliés (AFDC-A) a officiellement posé les jalons d’un nouveau débat national : faut-il réviser la Constitution pour sauver les échéances électorales de 2028 ?
Les élus nationaux et sénatoriaux de cette formation chère à Modeste Bahati Lukwebo ont, sans ambages, affiché leur appétit pour une révision constitutionnelle. Loin d’être un simple ballon d’essai, leur texte se veut un plaidoyer en faveur d’une « Constitution adaptée aux défis auxquels la nation est confrontée ». Souveraineté nationale, renforcement des institutions, réponse aux nouvelles réalités politiques : le vocabulaire est habilement choisi pour caresser l’opinion dans le sens du poil, tout en éludant la question qui fâche. Une révision pour quoi faire ?
La déclaration de l’AFDC-A propose une habile jonction entre le débat constitutionnel et la situation sécuritaire en ébullition dans l’Est. Le constat est sombre : au Nord-Kivu comme au Sud-Kivu, l’occupation persistante de certaines zones par l’AFC/M23 alimente une instabilité chronique. De là, le curseur glisse habilement vers un argument qui sonne comme une mise en garde. Selon ces élus, ce contexte délétère pourrait « compromettre les conditions nécessaires à l’organisation d’un scrutin inclusif, crédible et sécurisé » en 2028. La ficelle est grosse mais efficace : à les entendre, sans refonte du texte fondamental, point de salut électoral.
Ce syllogisme politique n’est pas anodin. Laisser entendre que l’insécurité actuelle pourrait hypothéquer des élections encore relativement lointaines revient à lier le sort du processus électoral à une réforme constitutionnelle qui, dans l’esprit de nombreux observateurs, pourrait servir d’autres desseins moins avouables. La déclaration politique de l’AFDC-A intervient en effet dans un climat où murmurent déjà les spéculations autour d’un éventuel troisième mandat présidentiel. En saluant au passage « les actions menées sous le leadership du président de la République, Félix Tshisekedi », le parti de Modeste Bahati Lukwebo donne des gages de loyauté tout en semant les graines d’une transition constitutionnelle aux contours incertains.
La manœuvre a le mérite de la finesse dialectique. D’un côté, l’AFDC-A se positionne en défenseur de la stabilité institutionnelle et de l’unité nationale ; de l’autre, elle désigne un bouc émissaire commode – l’AFC/M23 – pour justifier une éventuelle refonte des règles du jeu. Une question rhétorique s’impose : la Constitution actuelle serait-elle soudainement devenue le principal obstacle à la pacification de l’Est et à la tenue d’élections apaisées ?
Ce positionnement offre au parti de Bahati Lukwebo une visibilité précieuse dans une scène politique où chaque sortie médiatique est scrutée. Alors que l’opinion congolaise reste massivement attachée à l’intangibilité de certains verrous constitutionnels, cette déclaration pourrait préfigurer une campagne de sensibilisation plus large en faveur de la révision constitution RDC. Les élections 2028, bien que lointaines, deviennent ainsi l’épouvantail agité pour mieux faire accepter une modification du texte suprême.
Le lien opéré entre insécurité et processus électoral renvoie à un débat déjà ancien : la RDC peut-elle organiser un scrutin crédible avec une partie de son territoire sous emprise rebelle ? En prétendant que la réponse à cette question passe nécessairement par une réforme constitutionnelle, l’AFDC-A déplace le curseur du militaire vers le politique. Pourtant, nul n’ignore que la résolution de la crise sécuritaire relève avant tout de la volonté de l’État et de l’efficacité de l’armée, non d’un toilettage des articles constitutionnels.
Au-delà des mots, cette sortie illustre la recomposition en coulisses des alliances au sein de l’Union sacrée. Chaque force politique évalue désormais le rapport coût-bénéfice d’un soutien à une éventuelle révision constitutionnelle, dans la perspective des joutes électorales à venir. La déclaration de l’AFDC-A sera-t-elle suivie par d’autres, dans un ballet parfaitement orchestré ? Les prochaines semaines donneront la mesure de la capacité du camp présidentiel à modeler l’opinion en faveur d’un changement que beaucoup redoutent. Les élections 2028 sont peut-être lointaines, mais la bataille pour leur contrôle a, elle, déjà commencé.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
