Le corridor de la paix, axe stratégique de 280 kilomètres reliant les localités de Kabue, Kabinda et Mbanga, traverse une traversée du désert. Près d’un an et demi après son lancement en grande pompe par le chef de l’État, le taux d’exécution du bitumage oscille péniblement entre 7 et 10 %. Une statistique qui interpelle, tant les enjeux de désenclavement de la Lomami et du Kasaï-Oriental sont vitaux pour l’économie locale.
Comment un projet financé à hauteur de millions de dollars par la Banque mondiale, dans le cadre du Projet d’appui à la connectivité et au transport (PACT), peut-il afficher un bilan aussi modeste ? La réponse se trouve dans une accumulation de préalables administratifs et d’études techniques, mais aussi dans la complexité d’une montée en gamme inattendue. Initialement prévue comme une simple route bitumée, cette infrastructure a été réévaluée pour devenir une autoroute à quatre voies (2×2), destinée à absorber l’augmentation du trafic régional. Ce saut qualitatif, s’il promet une meilleure fluidité à long terme, a alourdi les exigences initiales.
Selon Marioma Kandao, spécialiste en transport impliquée dans le suivi du projet, les défis logistiques actuels ne sont pas insurmontables. « L’entreprise va renforcer son dispositif en apportant davantage de matériels. Les matériaux nécessaires à la chaussée, y compris le bitume importé, sont en cours de dédouanement », explique-t-elle. Elle pointe toutefois les conditions suspensives qui ont freiné le premier coup de pelle : « Les documents exigés constituaient des préalables au décaissement et au démarrage effectif des travaux. » En d’autres termes, le corridor de la paix a été contraint de patienter au péage des formalités, pendant que l’impatience montait sur le terrain.
L’entreprise chinoise China Jiangxi International Corporation (CJIC), adjudicatrice du marché, s’attelle désormais à structurer les phases opérationnelles. L’exploitation des carrières locales, telles que celle de Mukomayi, doit permettre d’accélérer la production de granulats. Mais le véritable nœud reste le respect des normes environnementales, passage obligé pour débloquer les décaissements suivants. Le bitumage, cœur battant du projet, ne pourra véritablement s’accélérer qu’une fois ces verrous levés. « Le projet ne pourra véritablement avancer qu’après la satisfaction de toutes les exigences environnementales », confirme-t-on du côté technique.
Pourtant, les retombées potentielles de cet axe justifient tous les efforts. Surnommé corridor de la paix, ce tronçon n’est pas qu’une bande de bitume : il est le trait d’union entre les provinces du Kasaï-Oriental et de la Lomami, un couloir économique vital pour l’écoulement des produits agricoles et miniers. En y intégrant des fourreaux pour la fibre optique, le projet PACT combine mobilité physique et connectivité numérique, un double levier de croissance rare en RDC.
Les populations locales, elles, oscillent entre espoir et scepticisme. Pour une région longtemps enclavée, cette autoroute représente bien plus qu’un confort de circulation : elle incarne la promesse d’un développement économique, la possibilité d’attirer des investisseurs et de réduire les coûts de transport. Mais quand le compteur reste bloqué à 7 %, chaque jour de retard grignote cette confiance.
Si les équipements arrivent comme prévu et que les obstacles administratifs tombent définitivement, l’entreprise CJIC pourrait rattraper le temps perdu. La montée en puissance du dispositif logistique laisse entrevoir une inversion de la courbe d’avancement. Le corridor de la paix reste un chantier à ciel ouvert, où le rythme des opérations dictera celui de l’intégration régionale. Une question demeure : les délais initiaux seront-ils tenus pour que cette promesse présidentielle ne devienne pas un mirage bitumé ?
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
