L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a officiellement déclaré, ce samedi 16 mai, que l’épidémie de maladie à virus Ebola qui sévit dans la province de l’Ituri, en République démocratique du Congo, constitue une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI). Cette annonce, qui survient vingt-quatre heures seulement après la reconnaissance de la 17ᵉ épidémie d’Ebola en RDC, propulse la crise au rang de menace sanitaire planétaire. La particularité de cette flambée ? Elle est due à la souche Bundibugyo, un ennemi méconnu pour lequel il n’existe ni vaccin ni traitement approuvé.
Mais pourquoi une telle escalade ? Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a évoqué un faisceau de facteurs alarmants. Le taux de positivité des premiers échantillons analysés s’avère anormalement élevé, signe que le virus circule déjà activement. Surtout, la propagation a franchi les frontières : deux cas confirmés ont été détectés à Kampala, en Ouganda, les 15 et 16 mai, chez des voyageurs en provenance de la RDC, tandis qu’un troisième cas a été signalé à Kinshasa, chez une personne de retour de l’Ituri. Cette dissémination géographique, couplée à l’absence d’outils médicaux spécifiques contre la souche Bundibugyo, a précipité la décision.
Imaginez un incendie qui se propage dans une forêt dense, sans pompiers ni eau à portée de main. C’est un peu la situation à laquelle sont confrontées les équipes sanitaires dans l’est congolais. L’insécurité chronique en Ituri, les déplacements massifs de populations fuyant les violences des groupes armés comme les ADF ou la CODECO, et l’intense mobilité liée aux activités minières à Mongwalu créent un terreau idéal pour une diffusion incontrôlée. À cela s’ajoute un réseau tentaculaire de structures de santé informelles, où les mesures d’hygiène et de dépistage peinent à être respectées. Ces conditions rappellent tragiquement celles qui, en 2018-2019, avaient favorisé l’épidémie ayant coûté la vie à plus de 2 200 personnes au Nord-Kivu et en Ituri.
La souche Bundibugyo, identifiée pour la première fois en 2007 en Ouganda, est un cousin méconnu du virus Ebola Zaïre. Elle provoque elle aussi une fièvre hémorragique sévère, mais ses manifestations cliniques peuvent dérouter les soignants. La peau devient un véritable témoin de l’infection : des taches rouges, appelées exanthème maculopapuleux, envahissent l’épiderme, tandis que la fragilité des vaisseaux sanguins engendre des saignements sous-cutanés – pétéchies, ecchymoses, voire purpura. En interne, la coagulation se dérègle, des hémorragies apparaissent, et plusieurs organes peuvent lâcher brutalement. « C’est comme si le corps était attaqué de l’intérieur par un saboteur qui désorganise tous les systèmes de défense », résume un spécialiste. Faute de thérapie ciblée, la prise en charge repose sur des soins de support intensifs, difficiles à déployer dans des zones rurales et instables.
Face à cette menace, l’OMS a adressé des recommandations strictes aux pays touchés, tout en déconseillant fermement les fermetures de frontières. Activer les plans d’urgence nationaux, renforcer le traçage des contacts, dépister systématiquement aux points d’entrée internationaux, interdire les déplacements des cas confirmés ou suspects et garantir des enterrements sécurisés sont autant de mesures qui, si elles sont appliquées rigoureusement, peuvent étouffer la flambée. Mais dans un contexte où des millions de personnes se déplacent parfois clandestinement pour échapper aux combats, leur mise en œuvre relève du défi.
Le bilan provisoire au 16 mai fait état de 8 cas confirmés en laboratoire, 246 cas suspects et 80 décès dans les zones de santé de Bunia, Rwampara et Mongwalu. Au moins quatre agents de santé sont morts avec des symptômes évocateurs de fièvre hémorragique, ce qui soulève de vives inquiétudes quant à la transmission en milieu hospitalier. Chaque nouveau cas rappelle que le virus ne connaît pas les lignes de front, qu’elles soient politiques ou militaires.
Cette épidémie d’Ebola en Ituri survient moins de six mois après que la RDC a annoncé la fin de la seizième épidémie dans le Kasaï, le 1ᵉʳ décembre 2025. Le pays, meurtri mais résilient, doit aujourd’hui affronter un variant négligé, dans une région où les civils paient déjà un lourd tribut aux violences armées. Alors que l’attention mondiale se focalise sur cette nouvelle urgence sanitaire internationale, une question s’impose : la communauté internationale saura-t-elle cette fois-ci éviter les erreurs du passé et apporter une réponse coordonnée et suffisante ? L’histoire récente enseigne que, face à Ebola, chaque heure compte.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
