Dans un contexte où la perspective d’un troisième mandat présidentiel hante les couloirs du pouvoir, les droits fondamentaux en République démocratique du Congo semblent se réduire comme peau de chagrin. Human Rights Watch (HRW) a, dans un communiqué rendu public ce mardi 12 mai, tiré une sonnette d’alarme qui résonne comme un aveu de dérive autoritaire.
Le directeur exécutif de l’organisation, Philippe Bolopion, a exhorté les autorités congolaises à « mettre fin aux restrictions imposées aux droits à la liberté d’expression et de manifestation ». Une injonction qui, dans l’actuel climat de répression politique au Congo, risque de demeurer sans écho. HRW dénonce en particulier des arrestations arbitraires visant journalistes, militants et opposants, perçus comme des gêneurs dans le grand jeu de la réforme constitutionnelle.
Cette réforme, défendue par le président Félix Tshisekedi, suscite une crispation politique d’autant plus forte qu’elle pourrait permettre de contourner la limitation à deux mandats. Alors que le mandat en cours expire en décembre 2028, l’éventualité d’une prolongation agite la scène nationale et semble justifier une reprise en main sécuritaire des voix dissidentes. « La répression des voix critiques intervient dans un contexte d’occupation de l’Est du Congo par le groupe armé M23 et de tensions politiques liées à un projet de réforme constitutionnelle », a souligné HRW, illustrant le double péril sécuritaire et politique auquel fait face le pays.
À Kinshasa, plusieurs faits récents confirment cette tendance inquiétante. Le 24 mars dernier, une manifestation pacifique a été dispersée à coups de gaz lacrymogènes, sans autre motif que la volonté d’étouffer toute contestation. Deux journalistes, dont les noms n’ont pas été révélés, ont dû se cacher après avoir été recherchés par des agents des services de renseignement pour des propos critiques. Ces restrictions aux libertés en RDC ne relèvent plus de l’incident isolé, mais d’un système qui criminalise le débat démocratique.
Dans un rapport antérieur, HRW avait déjà recensé dix-sept cas de disparitions forcées visant des personnalités politiques et des défenseurs des droits humains. Plusieurs d’entre eux, retrouvés des mois plus tard aux mains des services de renseignement, illustrent une pratique de l’enlèvement qui rappelle les heures les plus sombres du pays. Le mensonge d’État s’accommode mal de la transparence, et la peur est devenue un outil de gouvernance.
Interpellé sur ces accusations, le ministère congolais des Droits humains a promis une réaction « incessamment ». Un adverbe élastique qui, en bon jargon gouvernemental, pourrait signifier tout aussi bien « dans quelques jours » que « lorsque la tempête médiatique sera passée ». L’absence de condamnation claire et immédiate nourrit le soupçon d’une politique du silence orchestrée au sommet.
La liberté d’expression, pourtant consacrée par la Constitution et les instruments internationaux ratifiés par la RDC, est systématiquement mise à mal sous le prétexte de la stabilité. Mais à qui profite cette stabilité lorsque les citoyens sont réduits au silence ? La stratégie du bouclage de l’espace civique pourrait offrir un court répit électoral au pouvoir, mais elle hypothèque lourdement la crédibilité démocratique du pays à long terme. À l’approche de 2028, la communauté internationale sera attentive à ce que les urnes ne soient pas remplacées par la force. Et si les arrestations arbitraires continuent de se multiplier, c’est la légitimité même du processus politique qui pourrait se fissurer irrémédiablement.
Reste à savoir si les bailleurs de fonds, souvent prompts à fermer les yeux sur les dérives autoritaires pour préserver des intérêts économiques, se souviendront qu’une paix sans justice n’est qu’une dictature en costume. Le Congo de demain se joue aujourd’hui dans ces rues où la peur étouffe l’espoir.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
