Un véritable réquisitoire a été déposé, ce mardi 12 mai, par Human Rights Watch, devant le tribunal de l’opinion internationale. Dans un communiqué rendu public, l’organisation de défense des droits humains a dressé un constat sévère des entraves infligées aux libertés fondamentales en République démocratique du Congo, où la liberté d’expression en RDC se trouverait désormais « en état de siège ». Le directeur exécutif de HRW, Philippe Bolopion, a appelé les autorités congolaises à « mettre fin aux restrictions imposées aux droits à la liberté d’expression et de manifestation, et garantir à toute personne en RDC la possibilité d’exprimer pacifiquement ses opinions sans subir de harcèlement, d’arrestations arbitraires en RDC ou de détention ».
Cette mise en cause intervient dans un climat de tensions politiques exacerbées, où la contestation contre un éventuel troisième mandat présidentiel sert de toile de fond à une répression des journalistes en RDC et des voix dissidentes. Selon Human Rights Watch, les défenseurs des droits, les militants de l’opposition et les professionnels des médias sont quotidiennement exposés à des actes de harcèlement, à des interpellations arbitraires et à des détentions prolongées, souvent sans fondement légal. Une situation qui, aux yeux de l’ONG, viole les principes élémentaires de l’État de droit.
Le communiqué de HRW rappelle que ces agissements se déroulent alors que l’Est du pays est en proie à l’occupation du M23 et que « la répression des voix critiques intervient dans un contexte de fortes tensions politiques liées à un projet de réforme constitutionnelle ». L’organisation souligne que cette révision pourrait « permettre au président Félix Tshisekedi de prolonger son mandat au-delà de deux mandats », une hypothèse qui a ravivé les craintes d’une dérive autoritaire. Dès lors, toute parole discordante serait perçue comme une menace et réprimée en conséquence.
Pour étayer ses dires, Human Rights Watch a cité plusieurs affaires survenues récemment à Kinshasa. Le 24 mars dernier, une manifestation pacifique a été dispersée à coups de gaz lacrymogènes, sans motif apparent. Deux journalistes dont les noms n’ont pas été divulgués ont dû entrer dans la clandestinité après avoir été activement recherchés par des agents des services de renseignement, en représailles à leurs articles jugés trop critiques. Ces cas illustrent, selon l’organisation, une dérive où la simple expression d’une opinion dissidente devient un délit puni par les armes du pouvoir.
Ce n’est pas la première fois que Human Rights Watch tire la sonnette d’alarme. Dans un rapport antérieur, l’organisation avait documenté 17 cas de disparitions forcées visant des personnalités politiques et des défenseurs des droits humains. Plusieurs d’entre eux ont été retrouvés, parfois des mois plus tard, entre les mains des services de renseignement, marqués physiquement et psychologiquement. Ces éléments accréditent la thèse d’un appareil sécuritaire agissant hors de tout cadre judiciaire, multipliant les arrestations arbitraires en RDC sans jamais rendre de comptes.
Face à ces accusations, le ministère congolais des Droits humains, contacté par Human Rights Watch, a promis une réaction officielle dans les plus brefs délais. Une réponse qui se fait attendre alors que les organisations de la société civile et les partenaires internationaux de la RDC expriment leur indignation. La question demeure : jusqu’à quel point les autorités de Kinshasa pourront-elles ignorer un tel réquisitoire sans attiser les critiques sur leur gestion des libertés publiques ?
La répression des journalistes en RDC et les restrictions aux droits en RDC ne sont pas des phénomènes nouveaux, mais leur intensification, documentée par Human Rights Watch, pourrait marquer un tournant. Alors que la communauté internationale observe, le silence du gouvernement congolais risque d’aggraver son isolement diplomatique. Les prochaines semaines diront si Kinshasa préfère la confrontation ou le dialogue, mais une chose est certaine : sur le banc des accusés, les preuves s’accumulent.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
