AccueilActualitéPolitiqueBruno Tshibala : « La limitation des mandats est verrouillée ! »

Bruno Tshibala : « La limitation des mandats est verrouillée ! »

L’ancien Premier ministre Bruno Tshibala Nzenzhe a rompu le silence, mardi 12 mai, par un communiqué cinglant qui vient rappeler à Félix Tshisekedi les fondements mêmes de l’identité politique de sa famille. Réagissant au point de presse présidentiel du 6 mai 2026, Tshibala place le chef de l’État devant son héritage : celui d’un combat de trente ans mené par Étienne Tshisekedi Wa Mulumba pour l’alternance démocratique et, surtout, la limitation des mandats.

Cette sortie est une pierre dans le jardin d’un président soupçonné de vouloir déverrouiller la Constitution. Si Bruno Tshibala concède que le texte fondamental demeure révisable pour toute matière non protégée par l’article 220, il exclut catégoriquement que la limitation des mandats puisse en faire partie. À ses yeux, il s’agit d’un principe intangible, « pour lequel les militants de l’UDPS ont payé de leur vie ».

L’ancien chef du gouvernement ne s’arrête pas à un rappel historique. Il décoche ses flèches les plus acérées contre l’entourage du président, qu’il décrit comme une coterie d’opportunistes « ayant rejoint le pouvoir non par conviction démocratique, mais pour jouir des dividendes que leur procure l’impérium ». Une charge frontale qui dessine une fracture au sein même de l’ancienne famille politique. Ces « conseillers de l’ombre » seraient, selon Tshibala, les véritables instigateurs du projet de révision constitutionnelle. Ils piétineraient ainsi le legs d’Étienne Tshisekedi, réduisant la limitation des mandats à un détail négociable.

Tshibala ne se contente pas de critiquer ; il propose. Pour sortir de l’ornière, il formule deux exigences claires. D’abord, la soumission de tout projet de modification constitutionnelle à un dialogue national inclusif. Ce cadre, élargi à toutes les forces vives, devrait abriter une commission des réformes institutionnelles chargée d’examiner les propositions. Ce n’est qu’à ce prix, estime-t-il, que le pays évitera une crise de légitimité. Ensuite, il exhorte Félix Tshisekedi à s’inspirer de Xanana Gusmão, premier président du Timor oriental, célèbre pour avoir menacé de démissionner plutôt que de violer la Constitution pour se maintenir au pouvoir. Une référence habile qui fait mouche : le refus de la manipulation institutionnelle est érigé en vertu présidentielle.

Le propos s’élargit à la guerre qui déchire l’Est du pays. Là encore, Tshibala lie la paix au dialogue politique. Sans un dialogue national inclusif impliquant tous les protagonistes congolais, sous la médiation de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), « les souffrances de nos compatriotes de l’Est ne s’arrêteront pas et le pays restera fragmenté », prévient-il. Cette articulation entre révision constitutionnelle et résolution du conflit montre bien que, pour une frange de l’ex-opposition, les deux dossiers sont les deux faces d’une même pièce : l’une menace la stabilité institutionnelle, l’autre la cohésion territoriale.

Fait notable, la position de Tshibala converge avec celle exprimée le même jour par douze mouvements citoyens du Sud-Kivu. Ce synchronisme illustre une cristallisation de l’opposition et de la société civile qui, au-delà des clivages traditionnels, se coalise face aux ambitions constitutionnelles du président. Une alliance de circonstance qui pourrait peser dans le rapport de force, surtout si d’autres barons de l’UDPS venaient à s’y joindre.

À Kinshasa, la balle est désormais dans le camp de Félix Tshisekedi. En convoquant l’héritage de son propre père, Bruno Tshibala lui renvoie un miroir inconfortable. Le président pourra-t-il longtemps esquiver la question de la limitation des mandats sans apparaître comme le fossoyeur des idéaux fondateurs de sa famille politique ? La pression monte, et chaque jour qui passe rend plus difficile une révision constitutionnelle sans un large consensus. L’histoire retiendra que c’est un ancien Premier ministre, issu de la même matrice idéologique, qui aura osé briser le tabou.

L’équation est simple : ou Félix Tshisekedi accepte le cadre contraignant d’un dialogue national inclusif et risque de perdre la main sur son agenda, ou il continue de miser sur l’épreuve de force et s’expose à une contestation de rue portée par ceux-là mêmes qui furent les compagnons de route de son père. Dans les deux cas, le spectre d’une démocratie confisquée plane sur l’avenir du Congo.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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