À Kisangani, dans la province de la Tshopo, la quête de l’eau est un combat quotidien. « Nous nous levons à quatre heures du matin pour aller chercher de l’eau au puits, et parfois elle est sale », témoigne une mère de famille du quartier Camp Bahuma. Ce sont ces cris silencieux que le projet de forages solaires et de stations de pompage de la société STEVER CONSTRUCT tente d’étouffer, non sans embûches.
Une délégation gouvernementale conduite par Maître Kasongo Banga a foulé mardi le sol de Kisangani pour une mission délicate : inspecter les forages et les fameuses stations « PUMP & DRINK » déjà installées. Objectif affiché : évaluer l’état des lieux et préparer la suite d’un programme national d’accès à l’eau potable en RDC, suspendu entre espoirs et controverses juridiques.
Peu après leur arrivée, les émissaires du ministre du Développement rural ont rencontré le vice-gouverneur Didier Lomoyo, avant de sillonner les artères de la ville. À Camp Bahuma, première étape phare, ils ont pu constater de visu une station de pompage et de traitement d’eau fonctionnelle, l’une des vingt unités déjà réceptionnées provisoirement par l’État depuis 2024. Ces installations, conçues pour fonctionner à l’énergie solaire, visent à desservir les quartiers oubliés par le réseau de la REGIDESO, où les coupures d’eau et la vétusté des canalisations asphyxient le quotidien.
Mais pourquoi une telle inspection aujourd’hui, alors que le contrat remonte à avril 2021 ? La réponse est dans les soubresauts judiciaires qui ont plombé le projet. Le consortium STEVER CONSTRUCT – SOTRAD-Water avait été retenu pour déployer à travers le pays des centaines de forages et stations mobiles de traitement d’eau. Très vite, des polémiques sur la régularité du processus ont éclaté, paralysant partiellement le chantier. La reprise en main par la Première ministre, via une commission interinstitutionnelle, marque une volonté de tourner la page des batailles d’experts et de recentrer le débat sur l’urgence : l’accès à l’eau potable pour des millions de Congolais.
Sur le terrain, les résultats sont tangibles, mais insuffisants. « Nous avons réalisé une vingtaine d’ouvrages à Kisangani, mais nous sommes prêts à continuer si l’État nous donne de nouveaux sites », a déclaré Mike Etienne Kasenga, PDG de STEVER CONSTRUCT. L’entrepreneur n’hésite pas à rappeler que son groupe dispose du matériel nécessaire et qu’il a construit plus de 150 stations dans d’autres provinces, en attendant le feu vert officiel. Des chiffres qui interrogent : pourquoi tant d’installations achevées tardent-elles à être pleinement opérationnelles ? La méfiance des autorités est-elle justifiée ou freine-t-elle l’élan d’un projet vital pour le développement rural de la RDC ?
L’enjeu dépasse Kisangani. À Kinshasa, déjà 17 stations PUMP & DRINK ont été bâties, dont 12 livrées provisoirement, et une unité de 27 m³, capable d’alimenter quatre points de distribution sur 3 kilomètres, est en cours dans la commune de Makala. Le directeur général de l’Office national de l’hydraulique rurale (ONHR), Yannick Asifiwe, salue « une initiative qui va dans le sens de la volonté gouvernementale de résorber le déficit hydrique ». Pourtant, la route est encore longue : les missions d’inspection à venir dans le Grand Équateur, le Kasaï, le Grand Bandundu et le Kongo Central diront si l’ambition résiste à l’épreuve du terrain.
Pour le gouvernement, il s’agit de s’assurer de la qualité des travaux avant toute réception définitive. Mais au-delà des vérifications techniques, c’est la confiance avec les partenaires privés qui est à reconstruire. Comment expliquer aux habitants du Camp Bahuma que de l’eau coule dans les canalisations d’une station flambant neuve pendant que, à quelques mètres, des enfants puisent encore une eau trouble dans des sources non protégées ? Le contraste est saisissant et rappelle l’ampleur du défi.
Alors que la délégation quittera bientôt la Tshopo, une question demeure : ce méga-programme d’accès à l’eau potable, porté par STEVER CONSTRUCT sous la tutelle du ministère du Développement rural, sortira-t-il enfin de l’ornière ? La réponse réside dans la capacité des parties à dépasser les querelles procédurières pour embrasser une seule cause : donner à chaque Congolais le droit fondamental à une eau propre. À Kisangani, les forages attendent, comme un symbole d’un avenir à portée de pompe.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
