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Forage eau potable Tshopo : l’État inspecte les stations de Stever et ravive l’espoir

Dans un quartier périphérique de Kisangani, Maman Chantal, mère de cinq enfants, fixe du regard le puits tari. « Chaque matin, je marche deux heures pour trouver de l’eau. Parfois, elle est trouble, mais c’est tout ce qu’on a », confie-t-elle, la voix brisée. Ce cri silencieux résonne à travers toute la province de la Tshopo, où l’accès à l’eau potable demeure un luxe. Mais depuis le 5 mai, une lueur d’espoir, teintée de suspicion, s’est posée sur la ville : une délégation gouvernementale interinstitutionnelle arpente les ruelles pour scruter un projet pharaonique qui devait changer la donne.

Cette mission gouvernementale Tshopo, conduite par le Directeur de cabinet adjoint du ministre du Développement rural, Maître Kasongo Banga Kas, est bien plus qu’une tournée technique. Elle incarne un tournant. Après des mois de batailles judiciaires autour du contrat signé en 2021 entre l’État congolais et le consortium Stever Construct SOTRAD-Water, il s’agit maintenant de passer au crible chaque station traitement eau Kisangani et chaque forage eau potable Tshopo déjà construits. La question qui brûle les lèvres des riverains : ces fameuses unités « Pump & Drink » tiendront-elles leurs promesses ou resteront-elles des coquilles vides sur fond de scandale ?

L’État congolais joue gros. Sur instruction de la Première ministre, la commission présidée par le ministre d’État Grégoire Mutshail Mutomb a dépêché des experts à Kisangani pour une évaluation infrastructures hydrauliques RDC sans complaisance. Reçue par le vice-gouverneur Didier Lomoyo Iteku, l’équipe n’a pas caché son objectif : « La population éprouve des difficultés d’approvisionnement, nous sommes ici pour évaluer ce qui a été fait et projeter l’avenir », a martelé le chef de la délégation. Un langage rassurant, mais qui ne peut effacer les années d’attente.

Selon Mike Kasenga Mulenga, PDG de Stever Construct, une vingtaine de forages et stations mobiles auraient déjà été livrés provisoirement depuis 2024 à Kisangani. Des installations solaires capables de pomper et traiter l’eau, censées soulager des quartiers en pénurie chronique où la REGIDESO est absente. Pourtant, le contraste entre les communiqués officiels et la réalité crasse des bornes-fontaines asséchées est criant. La mission d’inspection doit dire la vérité : la qualité du travail est-elle au rendez-vous ? Les clauses techniques sont-elles respectées ? Et surtout, pourquoi tant de retards alors que plus de 150 stations seraient en cours à l’échelle nationale, si l’on en croit le consortium ?

« Que l’État nous désigne de nouveaux sites, nous sommes disposés à achever », a plaidé Mike Kasenga, tout en réclamant des facilités administratives et sécuritaires. Des mots qui trahissent une relation contractuelle grippée. La machine judiciaire a laissé des traces, et aujourd’hui, l’heure est à la relance prudente. Le Directeur général de l’Office national de l’hydraulique rurale, Yannick Asifiwe Zihindula, salue cette initiative qui vise à « tourner la page des polémiques ». Vraiment ? Pendant ce temps, à Kinshasa, 17 stations « Pump & Drink » sortent de terre, dont une méga-station dans la commune de Makala capable de desservir 3 km de réseau. Une avancée qui contraste amèrement avec les quartiers oubliés de la Tshopo.

Cette mission, qui s’étendra au Grand Équateur, au Kasaï, au Grand Bandundu et au Kongo Central, est un test grandeur nature pour la gouvernance hydraulique du pays. Derrière les discours technocratiques, c’est le cri de millions de Congolais qui s’élève : aurons-nous un jour accès à une eau digne, sans corvée, sans maladie ? Les forages eau potable Tshopo peuvent-ils vraiment étancher une soif que des décennies de négligence ont creusée ? La crédibilité du gouvernement en dépend. Car quand une mère comme Maman Chantal voit passer des inspecteurs en 4×4, elle ne réclame pas un rapport, mais un robinet qui fonctionne.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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