Et si, enfin, les robinets se mettaient à couler dans les quartiers oubliés de Kisangani ? Rien qu’à évoquer l’arrivée d’une eau claire et abondante, les visages s’illuminent dans les ruelles de la ville. Pourtant, la réalité quotidienne reste un chemin de croix : femmes et enfants arpentent des kilomètres sous le soleil, des bidons jaunis à la main, pour quelques litres d’un liquide souvent douteux. C’est sur ce terreau d’espoir et de désespoir que la mission gouvernementale mixte a débarqué, le mardi 5 mai, pour inspecter les forages solaires et les stations de traitement d’eau érigées par le consortium Stever Construct-SOTRAD Water.
Conduite par Maître Kasongo Banga Kas, directeur de cabinet adjoint du ministre d’État en charge du Développement rural, la délégation interinstitutionnelle a d’abord été reçue par le vice-gouverneur de la Tshopo. « La population de Kisangani et des environs, comme partout sur le territoire national, éprouve des difficultés d’approvisionnement en eau. Nous sommes ici pour évaluer ce qui a été fait et projeter l’avenir », a déclaré le chef de mission, résumant le cœur du défi. Le gouvernement veut tourner la page des polémiques judiciaires qui ont entouré ce mégacontrat signé en avril 2021, et se concentrer sur l’essentiel : l’accès à l’eau potable en RDC, un droit fondamental encore refusé à des millions de Congolais.
Les enjeux sont colossaux. À travers la province, une vingtaine de stations de pompage et de traitement d’eau « PUMP & DRINK » auraient déjà été livrées provisoirement depuis 2024, selon Mike Etienne Kasenga Mulenga, patron de Stever Construct et chef de file du consortium. Ces infrastructures visent à combler les carences de la Regideso, qui ne dessert qu’une fraction des quartiers. Mais derrière les déclarations optimistes, des questions brûlantes se posent : la qualité des ouvrages résistera-t-elle aux pluies équatoriales ? Les sites choisis bénéficient-ils vraiment aux plus vulnérables ? L’État, échaudé par les contentieux passés, entend le vérifier de ses propres yeux. La mission d’inspection ne se contente pas de photographier les panneaux solaires flambant neufs : elle doit identifier les nouveaux sites à mettre à disposition pour relancer le programme, car des centaines de stations restent à construire.
Au Camp Bahuma, où la délégation a scruté les installations, le PDG du consortium a plaidé pour une accélération : « Que l’État nous désigne de nouveaux sites pour que nous puissions poursuivre les travaux. Nous sommes disposés à achever ce projet. » Des mots qui trahissent un équilibre fragile entre attentes et réalité administrative. Pendant ce temps, à Kinshasa, 17 stations sont sorties de terre, dont 12 déjà réceptionnées provisoirement, et une méga-station de 27 m³ capable d’alimenter un réseau de 3 km est en cours sur la route Elengesa, à Makala. Le directeur de l’Office national de l’hydraulique rurale, Yannick Asifiwe Zihindula, a salué cette volonté de transparence, rappelant que l’eau n’est pas un luxe mais la pierre angulaire du développement rural.
Quel avenir pour ces forages solaires dans la Tshopo ? La réponse se joue à la fois sur le terrain juridique et l’asphalte des pistes. Le consortium assure détenir le matériel pour honorer ses engagements, mais les facilités sécuritaires et administratives tardent. Pendant que les experts mesurent, comparent et annotent, les habitants, eux, continuent d’attendre. Cette mission gouvernementale dans la Tshopo n’est qu’un premier pas : d’autres inspections sont prévues dans le Grand Équateur, le Kasaï, le Grand Bandundu et le Kongo-Central. L’espoir d’un robinet qui coule est un puissant moteur – à condition que les promesses ne s’évaporent pas sous le soleil implacable de l’inertie.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
