Ce lundi 11 mai 2026, une onde de choc a parcouru l’hémicycle provincial de Kindu : tous les cinq membres du bureau de l’assemblée provinciale du Maniema font l’objet de pétitions. Le président Junior Kibungi Mutanga est accusé d’incompétence, tandis que les griefs visant son vice-président, son rapporteur, son rapporteur adjoint et son questeur restent opaques. Cette manœuvre survient seulement trois jours après le vote houleux sur l’interpellation du gouverneur Moussa Kabwankubi, un scrutin qui avait déjà fracturé la majorité. Comment en est-on arrivé là, et surtout, qui tire les ficelles de cette nouvelle offensive politique ?
Vendredi dernier, la plénière consacrée au sort du chef de l’exécutif provincial s’est achevée dans une confusion rare. Le vote à main levée, procédé pour le moins archaïque dans une démocratie moderne, a donné lieu à une querelle de chiffres entre le président de l’assemblée provinciale et son rapporteur. Ce dernier a publiquement contesté le décompte annoncé, semant le doute parmi les élus et alimentant une crise de confiance déjà palpable. L’interpellation a finalement été notifiée au gouverneur sans que l’organe délibérant ne soit réuni à nouveau — une entorse au règlement intérieur que personne, pour l’heure, ne s’est risqué à commenter officiellement.
Les pétitions visant le bureau de l’assemblée provinciale du Maniema s’inscrivent donc dans un climat de défiance institutionnelle généralisée. Si les motifs officiels ne sont pas tous dévoilés, le seul reproche d’incompétence adressé au président laisse entrevoir la nature du réquisitoire : l’opposition au bureau actuel juge son leadership défaillant, incapable de gérer une situation aussi explosive. Mais cette démarche est-elle réellement motivée par le souci de la bonne gouvernance, ou s’agit-il d’un habillage juridique destiné à écarter un bureau perçu comme hostile au camp du gouverneur ? La question mérite d’être posée, d’autant que, selon des sources parlementaires, huit des neuf députés favorables à l’interpellation se sont empressés de rejoindre Kinshasa, comme pour fuir les turbulences locales.
Le mécanisme institutionnel prévoit désormais la constitution d’un bureau d’âge pour examiner ces pétitions. Ce sera une parenthèse à haut risque : pendant cette période, l’assemblée provinciale du Maniema se retrouve pratiquement sans direction légitime, livrée à des manœuvres de couloir et à des jeux d’alliances que l’on imagine déjà serrés. La crise politique au Maniema, qui couvait depuis des mois, entre ainsi dans une phase chaude. L’interpellation du gouverneur n’a pas apaisé les tensions ; elle les a au contraire cristallisées, révélant des luttes d’influence qui dépassent largement l’hémicycle provincial.
Qui sortira gagnant de cette guerre des nerfs ? Le gouverneur, qui voit ses adversaires désorganisés et en partie exilés dans la capitale, pourrait profiter d’un répit providentiel. Les pétitionnaires, s’ils parviennent à faire tomber l’ensemble du bureau, marqueraient un point décisif. Mais le grand perdant pourrait être l’institution elle-même, dont l’image de paralysie et de déchirement interne ne fera que renforcer la défiance déjà prononcée des citoyens envers leurs élus. Alors que le bureau d’âge s’apprête à prendre le relais, tous les regards se tournent vers Kindu, où se joue, dans l’ombre des tractations, l’avenir immédiat de la gouvernance provinciale du Maniema.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
