L’Afrique du Sud est à nouveau le théâtre d’une montée inquiétante des violences xénophobes, une spirale qui n’épargne pas les ressortissants de la République démocratique du Congo. À Pretoria, Durban et Johannesburg, des manifestants se réclamant de l’opération « Dudula » multiplient les marches hostiles, les pillages et les agressions ciblant les communautés étrangères. Comment expliquer cette résurgence de la haine dans un pays si emblématique de la lutte contre l’apartheid ? Et surtout, quelles conséquences pour les Congolais qui y vivent ?
Des cas documentés font état de violences directes contre les citoyens de la RDC. Une résidence congolaise à Durban South a été entièrement saccagée, plusieurs compatriotes ont été agressés, certains grièvement blessés, nécessitant une prise en charge médicale urgente, selon la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de la Francophonie, Thérèse Kayikwamba Wagner. Si aucun décès n’a heureusement été enregistré, ces attaques laissent planer un climat d’insécurité et une pression psychologique intense sur une diaspora déjà fragilisée.
Face à cette situation, la réaction gouvernement congolais ne s’est pas fait attendre. Lors d’une séance de questions d’actualité à l’Assemblée nationale, présidée par Aimé Boji Sangara, Thérèse Kayikwamba Wagner a détaillé, vendredi 8 mai, les initiatives diplomatiques entreprises par Kinshasa. « Nos compatriotes vivent dans la peur constante de nouvelles agressions. Certains ont dû quitter temporairement leurs lieux de résidence pour se protéger », a-t-elle déclaré, soulignant que les violences xénophobes en Afrique du Sud prennent une ampleur inédite depuis les premières manifestations de l’opération Dudula, ce mouvement anti-immigration qui exige le départ des migrants africains.
Du côté de Pretoria, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a fermement condamné ces actes, les qualifiant d’opportunistes et ne représentant ni le peuple ni le gouvernement sud-africains. Dans un message public, il a rappelé que l’Afrique du Sud dispose d’un cadre solide de protection des réfugiés, leur permettant de vivre au sein des communautés, de travailler et d’accéder aux services essentiels. Contrairement à d’autres pays, les réfugiés ne sont pas confinés dans des camps, a-t-il insisté. Mais ce discours de tolérance tranche avec une réalité où certains s’arrogent des fonctions réservées à l’État, comme les contrôles d’identité ou les perquisitions de propriétés privées.
La question migratoire est un terreau fertile pour ces tensions. Si Ramaphosa condamne les actes criminels, il n’en reconnaît pas moins que l’immigration clandestine exerce une pression sur les services publics et la sécurité. Avec 450 000 personnes interceptées aux frontières l’an dernier, un équilibre délicat est à trouver entre obligations internationales et sauvegarde nationale. Les Congolais agressés se trouvent ainsi pris en étau entre des discours politiques qui oscillent entre condamnation des violences et contrôle migratoire accru.
Pour Kinshasa, l’heure est à la vigilance diplomatique. L’action de Thérèse Kayikwamba Wagner illustre une volonté de protéger les ressortissants congolais sans rompre les liens historiques et économiques avec Pretoria. Alors que les violences xénophobes en Afrique du Sud continuent de menacer la stabilité régionale, une question se pose : jusqu’à quand la solidarité africaine résistera-t-elle aux assauts du repli identitaire ? La réponse des autorités sud-africaines et la fermeté de la réaction gouvernement congolais seront déterminantes pour l’avenir de la diaspora et la crédibilité de l’intégration africaine.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
