L’Afrique du Sud est une nouvelle fois secouée par des violences xénophobes qui visent directement des ressortissants étrangers, notamment ceux venus du reste du continent. Parmi les victimes, des citoyens congolais paient un lourd tribut à la recrudescence de ces actes, menés tambour battant par des groupuscules tels que l’opération Dudula. Mais comment en est-on arrivé là, et que fait Kinshasa pour protéger ses fils et filles ?
Depuis plusieurs semaines, des marches hostiles aux immigrés ont dégénéré en agressions physiques, pillages et intimidations à Pretoria, Durban et Johannesburg. L’opération Dudula, mouvement anti-immigration qui exige le départ des étrangers, est en première ligne. Dans ce climat délétère, plusieurs Congolais ont été grièvement blessés. D’après la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de la Francophonie, Thérèse Kayikwamba Wagner, un cas poignant illustre ces violences xénophobes en Afrique du Sud : une résidence entière habitée par des Congolais à Durban South a été saccagée. Des compatriotes ont dû fuir temporairement leur logement pour sauver leur vie, tandis que d’autres ont nécessité une prise en charge médicale d’urgence.
Face à la représentation nationale, vendredi 8 mai, la cheffe de la diplomatie congolaise a détaillé l’ampleur des sévices subis. “Certains ont été grièvement blessés, d’autres ont subi d’importantes pertes de biens”, a-t-elle déclaré en réponse à une question d’actualité du président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara. Heureusement, à ce stade, aucun décès de ressortissant congolais n’a été enregistré. Mais le climat d’insécurité et la pression psychologique pèsent lourd sur la communauté congolaise, cible de ces agissements inqualifiables.
Les violences xénophobes en Afrique du Sud ne datent pas d’hier. Elles resurgissent périodiquement, souvent attisées par le chômage et les inégalités. L’opération Dudula, qui signifie “repousser” en zoulou, instrumentalise ces frustrations légitimes pour en faire un exutoire contre les migrants, accusés injustement de voler emplois et services sociaux. Mais ce retour à la chasse aux étrangers inquiète bien au-delà des frontières sud-africaines. Pour Kinshasa, la protection de ses ressortissants agressés constitue une priorité absolue.
C’est dans ce contexte que le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a pris la parole ce lundi 11 mai. Dans un message ferme, il a condamné les manifestations violentes et les actes criminels perpétrés contre des étrangers. “Ils ne représentent ni les opinions du peuple sud-africain ni la politique de mon gouvernement”, a-t-il martelé. Ramaphosa a dénoncé des actes opportunistes qui exploitent des griefs sous le faux prétexte “d’activisme communautaire”. Il a rappelé que certains se permettent des contrôles d’identité et des perquisitions de propriétés, des fonctions réservées aux seuls représentants de l’État. “De tels agissements sont intolérables, quels que soient leurs auteurs ou leurs victimes”, a-t-il ajouté.
Le chef de l’État sud-africain a toutefois reconnu les défis posés par l’immigration clandestine, qui pèse sur la santé, le logement et les services municipaux, particulièrement dans les communautés défavorisées. Il a salué les efforts de l’Autorité de gestion des frontières, qui a intercepté quelque 450 000 personnes tentant d’entrer illégalement dans le pays l’an dernier. Mais il a insisté sur la tradition d’accueil de l’Afrique du Sud : depuis 1994, le pays promeut les droits humains et l’intégration africaine. Les réfugiés ne sont pas confinés dans des camps ; ils peuvent vivre au sein des communautés, travailler et accéder aux soins et à l’éducation.
Cette position en demi-teinte laisse-t-elle entrevoir une réponse suffisante aux yeux de Kinshasa ? La ministre Thérèse Kayikwamba Wagner a, quant à elle, exposé les initiatives diplomatiques entreprises par le gouvernement congolais pour faire face aux violences. Sans entrer dans le détail des actions, elle a signifié que la RDC ne resterait pas les bras croisés pendant que ses citoyens sont agressés impunément. L’avenir dira si les condamnations verbales se transformeront en mesures concrètes pour protéger les ressortissants congolais agressés et prévenir une nouvelle escalade.
En attendant, le ressenti de la diaspora congolaise oscille entre peur et colère. Combien de temps encore faudra-t-il subir ces violences xénophobes en Afrique du Sud avant que la solidarité africaine ne redevienne une réalité tangible ?
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
