AccueilActualitéPolitiqueChangement constitutionnel : Tshisekedi et Ejiba Yamapia, une union sacrée au culte

Changement constitutionnel : Tshisekedi et Ejiba Yamapia, une union sacrée au culte

Il y avait comme un air de campagne électorale, dimanche 18 mai, sous les voûtes du quartier général de l’Église Pentecôtiste des Secouristes (EPS). Le président Félix Tshisekedi, accompagné de son épouse, y a pris part à un culte d’action de grâce dont l’officiant, l’archevêque Ejiba Yamapia, n’a pas caché une exaltation peu conforme à la retenue cléricale. Pour le chef de l’État, cette visite aux allures de pèlerinage politique marque une nouvelle étape dans le bras de fer feutré autour du changement constitution RDC.

Le numéro un de l’Église de Réveil en RDC, par ailleurs figure de proue d’un forum de pasteurs ouvertement favorables à la réforme de la loi fondamentale, a livré un prêche sans équivoque. « L’année passée était les bruits de guerre et consorts. Mais maintenant, nous avons des accords avec les États-Unis : c’est le moment du développement », a-t-il déclaré, avant d’assener : « Or, avec la Constitution actuelle, ça va poser énormément de problèmes. » L’argument religieux se double ici d’une casuistique temporelle : Dieu aurait programmé l’entente avec Washington pour coïncider avec la nécessité d’une refonte constitutionnelle. Une rhétorique qui, sous couvert de spiritualité, instrumentalise la foi au service d’un agenda politique bien terrestre.

Ejiba Yamapia n’a pas hésité à appeler les fidèles à se tenir prêts à voter pour le changement lors du référendum RDC dont une proposition de loi, déposée par le député Paul-Gaspard Ngondankoy, est actuellement sous examen à l’Assemblée nationale. Le texte de 93 articles prévoit un mécanisme exceptionnel de révision par une Assemblée constituante, tout en jurant ses grands dieux respecter l’article 220 de la Constitution qui verrouille le nombre et la durée des mandats présidentiels. Mais c’est précisément ce verrou que les partisans de la réforme entendent crocheter sans le dire ouvertement.

La démarche de Yamapia et de ses coreligionnaires – Godé Mpoy, Léopold Mutombo Kalombo, Marcelo Tunasi, Espérance Mbakadi – bute contre une opposition résolue au sein même de l’Église de Réveil politique. Le pasteur Moïse Mbiye, lors du culte du 10 mai, a qualifié ces hommes de Dieu de « camp des lépreux », dénonçant leur glissement vers la politique au détriment de l’œuvre divine. Sony Kafuta rejette également toute collusion avec le pouvoir. Cette fracture illustre combien la tentation politique fragilise l’unité d’une communauté religieuse déjà traversée de courants contradictoires.

Du côté de l’Église catholique et de l’opposition laïque, la mise en garde est plus frontale. Leur crainte : que le projet de révision constitutionnelle ne serve de paravent à un Tshisekedi troisième mandat. Le chef de l’État, tout en affichant une sérénité calculée, s’est récemment référé au vœu de son défunt père, Étienne Tshisekedi, qui promettait de changer la Constitution une fois l’UDPS au pouvoir. Un argument sentimental qui peine à convaincre les sceptiques, mais qui offre à la base militante une justification patriarcale.

Les implications politiques de cette soudaine fraternisation entre le pouvoir et une frange de l’Église de Réveil sont considérables. Enrôler les chaires comme caisses de résonance pour le référendum permet au président de contourner les médias traditionnels et de mobiliser un électorat potentiellement docile. Reste que le jeu est risqué : en politisant l’autel, Tshisekedi s’expose à un retour de bâton si la réforme venait à être rejetée ou si les dissensions ecclésiales s’aggravaient. L’opinion publique, majoritairement hostile au changement constitutionnel, pourrait se cabrer, et l’image d’un président aux abois chercherait alors un nouveau souffle.

L’avenir immédiat dépendra de la tournure des débats parlementaires. La proposition Ngondankoy, tout en ménageant les apparences, ouvre une brèche procédurale qu’un scrutin populaire bien orienté pourrait transformer en autoroute constitutionnelle. Pour l’heure, le président prie avec les pasteurs, l’opposition ferraille, l’Église catholique observe. Et le Congo retient son souffle, se demandant si cette dévotion réformatrice ne dissimule pas une ambition plus durable qu’une simple action de grâce.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

Commenter
Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Are you human? Please solve:Captcha


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 10 Mai 2026

Le 10 mai 2026, l’actualité a été marquée par la gestion de crise budgétaire à Kinshasa, un incident sécuritaire contre MSF à Mwenga, le rapatriement d’enfants ex-otages de la LRA, le renforcement de la coopération militaire RDC-RCA, un remaniement prudent au Kasaï-Oriental, la reprise du chantier de l’aéroport de Tshikapa, et une campagne de dépistages visuels gratuits à Kinshasa.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques