Ce samedi 9 mai, aux alentours de 13 heures, le siège du parti Leadership et Gouvernance pour le Développement (LGD), situé avenue Nguma dans la commune de Ngaliema, a été le théâtre d’une irruption violente. Selon un communiqué diffusé le lendemain, des individus présentés comme des éléments de la « Force du Progrès », mouvement associé à l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) du président Félix Tshisekedi, ont forcé la porte de l’enceinte et s’en sont pris aux militants réunis pour une messe d’action de grâce marquant le quatrième anniversaire de la formation politique.
Le bilan provisoire fait état de plusieurs blessés, dont deux graves, de sept téléphones portables et deux ordinateurs volés, ainsi que d’importants dégâts matériels : « La porte principale de la clôture a été complètement endommagée et plusieurs chaises ainsi que d’autres biens ont été cassés ou détruits », précise le document. Le LGD, qui dénonce « une grave atteinte aux libertés fondamentales garanties par la Constitution », qualifie l’attaque de « violence politique, d’intimidation et de barbarie ».
Cet épisode s’inscrit dans une séquence de tensions grandissantes entre le pouvoir et l’opposition congolaise. Le LGD est en effet une formation proche d’Augustin Matata Ponyo, ancien Premier ministre, condamné en mai à dix ans de travaux forcés pour détournement de fonds dans le dossier du parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo. Matata Ponyo, qui a rejeté ce verdict le jugeant « politique », vit aujourd’hui à l’étranger, un exil que ses partisans présentent comme « forcé ». Membre de la plateforme « Sauvons le Congo » de Joseph Kabila, il incarne une figure de cette opposition que la majorité présidentielle semble vouloir réduire au silence, par les tribunaux ou par la rue.
Le recours à la violence par un groupe affublé du nom de « Force du Progrès » ne manque pas d’ironie. Quel progrès peut-on attendre d’une milice qui défonce des portes et brutalise des fidèles pendant une célébration religieuse ? L’UDPS, parti historique de lutte pour la démocratie, se voit désormais accusée de perpétuer les méthodes qu’elle dénonçait jadis. Cette dérive interroge sur la stratégie du chef de l’État : tolère-t-il, voire encourage-t-il, ces agissements pour affaiblir ses adversaires ?
Le communiqué du LGD indique que les assaillants ont été repoussés grâce à l’intervention des policiers affectés à la garde de l’Agence nationale de renseignements (ANR), située à proximité. Une intervention qui pose question : si la paix n’a été rétablie que par la présence fortuite d’agents de l’ANR, quelle est l’efficacité réelle des forces de l’ordre dans la protection des opposants politiques ? Le parti réclame une enquête sérieuse, indépendante et impartiale, un appel qui résonne comme un vœu pieux dans un pays où la justice est souvent perçue comme instrumentalisée.
Les violences à Kinshasa, qu’elles ciblent des meetings ou des sièges de partis, deviennent un marqueur inquiétant de la vie politique congolaise. L’attaque contre le LGD n’est pas un cas isolé : elle succède à d’autres intimidations visant des formations de l’opposition, dans un contexte pré-électoral déjà sous haute tension. La « Force du Progrès », structure hybride à mi-chemin entre service d’ordre et groupe de pression, semble agir en toute impunité, profitant d’une proximité avec les cercles du pouvoir.
Pour le pouvoir, le calcul est risqué. En laissant prospérer une culture de la violence politique, il expose le pays à une instabilité chronique et mine sa propre légitimité. La récente condamnation de Matata Ponyo, largement perçue comme une manœuvre destinée à écarter un rival potentiel, a déjà braqué une partie de l’opinion. L’attaque du siège du LGD, en pleine célébration, renforce le récit d’un acharnement contre l’opposition congolaise dans son ensemble.
Les prochains jours diront si les autorités entendent prendre la mesure de l’incident. Une enquête bâclée ou l’absence de poursuites crédibles confirmeraient malheureusement l’hypothèse d’une complicité d’État. À l’inverse, l’identification et la sanction des coupables pourraient envoyer un signal fort en faveur de l’État de droit. Mais dans le climat actuel, les actes parlent plus fort que les mots, et les mots du pouvoir n’ont jamais été aussi fragiles. L’opposition, elle, retient son souffle – ou prépare sa riposte.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
