Ce jeudi 7 mai, l’Assemblée provinciale du Kongo Central a tenu une plénière qui, sous les apparences d’une formalité procédurale, a mis en lumière la fragilité du gouvernorat de Grâce Nkuanga Bilolo. À l’ordre du jour : l’examen du réquisitoire émanant du Procureur général près la Cour de cassation, visant explicitement le chef de l’exécutif provincial. La séance, présidée par Victor Nsuami Mpaka, s’est achevée sans le moindre vote sur l’autorisation des poursuites, plongeant l’hémicycle dans une attente qui cristallise les tensions.
Fidèle à l’article 43 du règlement intérieur, les élus ont opté pour la création d’une commission spéciale et temporaire – une décision qui, selon de nombreux observateurs, relève autant d’un scrupule juridique que d’un calcul politique. Composée de sept députés (Mayiza, Moyo, Matoko, Kisilu, Mavungu, Landu et Atou Matubuana), cette instance intègre des représentants de tous les groupes parlementaires, du comité des sages et de la commission politique, administrative et juridique. Une composition œcuménique qui trahit la volonté de diluer les responsabilités avant un scrutin à haut risque.
Le réquisitoire contre le gouverneur Bilolo a été lu en sa présence, et celui-ci a pu esquisser une brève réponse. Une deuxième audition est d’ores et déjà envisagée par la commission, qui pourrait également entendre un délégué du parquet général. Les travaux débutent ce vendredi 8 mai et doivent impérativement s’achever samedi, pour un dépôt du rapport en plénière le lundi 11 mai. Ce calendrier serré – presqu’une course contre la montre – révèle l’embarras d’une institution qui avance prudemment sur un terrain miné.
Le rapporteur adjoint, Guylain Panzu Tsasa Mangovo, a martelé avec une fermeté toute procédurale : « Aucun vote ne pouvait avoir lieu aujourd’hui sans respecter chaque étape de la procédure. » Une déclaration qui, derrière sa neutralité, cache mal la fracture exhibée au grand jour lors des débats. Car les échanges ont mis à nu des lignes de faille inédites au sein de l’Assemblée provinciale du Kongo Central. Certains blocs politiques, sans jamais s’exprimer officiellement, ont laissé filtrer leur impatience, tandis que d’autres semblaient manœuvrer pour gagner du temps – un temps précieux que le gouverneur Bilolo pourrait utiliser pour consolider ses soutiens.
La procédure judiciaire enclenchée contre le gouverneur n’est pas qu’une affaire de droit. Elle revêt une dimension éminemment politique, dans une province où les équilibres restent instables depuis les dernières élections. Le vote autorisation poursuites, attendu lundi, s’annonce donc comme un test de loyauté pour chaque député. Oseront-ils prendre le risque de fragiliser l’exécutif provincial, quitte à provoquer une crise institutionnelle majeure ? Ou préféreront-ils, par un rejet en bloc, sauvegarder le semblant d’unité qui préserve leurs prérogatives ? Ces interrogations, lourdes de conséquences, obèrent déjà le climat politique local.
Derrière le paravent juridique, c’est bien une guerre de tranchées qui se dessine. Le gouverneur Grâce Nkuanga Bilolo, dont le mandat n’a jamais été un long fleuve tranquille, joue sa survie politique en quelques jours. Les prochains travaux de la commission, puis le débat en plénière, seront scrutés de près par les états-majors de Kinshasa – preuve, s’il en fallait, que les soubresauts du Kongo Central dépassent largement ses frontières provinciales. Lundi, le verdict ne portera pas seulement sur des textes : il dira quelle majorité, si majorité il y a, est encore capable de gouverner.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
