Le football congolais est en ébullition. Jorthy Mokio, prodige belgo-congolais de 18 ans, a annoncé ce vendredi son choix de défendre les couleurs des Léopards, tournant le dos à la Belgique, son pays de naissance. Un véritable coup de tonnerre dans le microcosme du ballon rond, tant la jeune pépite de l’Ajax Amsterdam semblait promise à un avenir radieux avec les Diables Rouges.
Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser ce binational belgo-congolais, titulaire d’une cape avec l’équipe A belge, à embrasser la nationalité sportive de la RDC ? La question brûle toutes les lèvres, des supporters belges incrédules aux observateurs congolais euphoriques. La réponse, elle, ne se trouve ni dans les calculs froids ni dans les promesses mirobolantes, mais dans le cœur d’un gamin amoureux de ses racines.
Né à Gand en février 2008, Jorthy Mokio incarne la nouvelle génération de talents formés en Europe, tiraillés entre deux nations. Capable d’évoluer comme milieu défensif ou défenseur central, sa qualité de relance et sa maturité surprennent pour son âge. À l’Ajax, où il a débarqué en 2024 après avoir éclos à La Gantoise, on le voit déjà comme un diamant à polir. Pourtant, alors que la Belgique l’avait lancé dans le grand bain le 20 mars 2025 face à l’Ukraine, le joueur a fait volte-face. Comment expliquer ce revirement ?
« Ce choix n’est pas guidé par une opportunité à court terme, il est construit pour le long terme, ancré dans une vision pour ma carrière et dans un sentiment d’appartenance qui va bien au-delà de toute compétition ou calendrier », a-t-il écrit sur Instagram. Des mots d’une étonnante lucidité pour un adolescent. Et comme pour évacuer tout soupçon d’opportunisme à l’approche du Mondial 2026, il a ajouté : « Ce n’est pas une décision de la tête, c’est une décision du cœur. »
Mais derrière cette déclaration solennelle se cache un lobbying discret. Selon le journaliste belge Sacha Tavolieri, plusieurs Léopards étaient déjà dans la confidence. Noah Sadiki, Ngal’ayel Mukau et d’autres jeunes ayant eux-mêmes préféré l’équipe nationale RDC à la Belgique auraient joué les ambassadeurs. Le père de Sadiki, très actif dans la sensibilisation des binationaux, aurait contribué à tisser un lien affectif avec le projet congolais. Un travail de l’ombre qui a fini par faire pencher la balance.
Et pourtant, Jorthy Mokio a dû affronter une pression étouffante. Sa famille, son agent, tout son entourage le voyait arborer le maillot belge. Selon Tavolieri, son propre agent aurait même mené une campagne de dissuasion dans les heures précédant l’annonce. Mais le gamin est resté imperturbable. « Je suis Congolais de cœur. Et c’est sous ces couleurs que je veux écrire le prochain chapitre de mon histoire », a-t-il martelé. Un panache qui force le respect.
Reste l’épineuse question réglementaire. Contrairement à Mukau ou Sadiki, qui n’avaient jamais joué pour la Belgique A, Jorthy Mokio doit composer avec les règles strictes de la FIFA pour un changement de nationalité sportive. Puisqu’il a déjà honoré une sélection chez les Diables Rouges, il doit théoriquement patienter deux ans avant de pouvoir représenter la RDC. De quoi rendre quasi impossible sa présence au Mondial 2026. Un crève-cœur ? Non. « J’en ai pleine conscience et je les accepte totalement », a-t-il répondu avec un flegme désarmant.
Mais une mince lueur d’espoir subsiste. Certains experts pointent une possible brèche juridique : le joueur était mineur lors de sa cape belge et ne compte qu’une seule sélection. La FIFA pourrait, de manière exceptionnelle, étudier son cas sous un angle particulier et accélérer le processus. Si cela se confirmait, le prodige de l’Ajax pourrait fouler les pelouses américaines sous le maillot des Léopards. Un scénario de conte de fées.
En attendant, la RDC football tient là un renfort de poids pour son avenir. Ce choix assumé, presque romantique, résonne comme un message fort adressé à tous les binationaux : l’équipe nationale de la RDC n’est plus un simple plan B, mais une destination désirable. Et Jorthy Mokio, en véritable tête de pont, pourrait bien en inspirer d’autres.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: footrdc.com
