« Nous avons tout perdu en une nuit. L’eau est entrée comme un voleur, emportant nos maisons, nos champs, notre vie. » Ce cri du cœur, répété à l’identique dans des dizaines de villages du territoire de Malemba Nkulu, résume le calvaire vécu par des milliers de Congolais depuis la fin du mois de mars. Des inondations d’une ampleur rarement vue ont submergé cette partie de la province du Haut-Lomami, transformant le quotidien en une lutte pour la survie. Les images de maisons englouties et de paysages aquatiques où flottent les débris d’une existence passée racontent une catastrophe silencieuse, loin des projecteurs de la capitale.
À Malemba-Centre, le fleuve Congo, habituellement majestueux et nourricier, s’est transformé en un monstre incontrôlable. Ses eaux ont débordé de plus d’un kilomètre, avalant sans distinction habitations, écoles et lieux de culte. Quelques kilomètres plus loin, à Kabala, la rivière a gagné près de 900 mètres sur les terres, forçant des familles entières à fuir avec le peu qu’elles ont pu sauver. Comment une communauté peut-elle se reconstruire lorsque ses fondations mêmes sont liquéfiées ? La question hante les survivants, désormais entassés chez des proches ou sous des abris de fortune, les yeux fixés sur un horizon d’eau boueuse.
Le drame ne se limite pas aux murs qui tombent. L’agriculture, colonne vertébrale de l’économie locale et garantie de la sécurité alimentaire, est ravagée. À Kayumba, les champs de canne à sucre, promesse de revenus, ont été balayés par la furie de la Lufira. À Museka, la Kalume Ngongo a anéanti des récoltes vitales. Cette destruction systématique des moyens de subsistance plonge des milliers de personnes dans une précarité extrême. Demain, que mangeront-ils ? Avec quoi paieront-ils les soins ou la scolarité des enfants ? La catastrophe naturelle ouvre la porte à une crise sociale profonde, où la faim et la détresse économique guettent.
Face à ce désastre, la voix de la société civile locale monte, empreinte d’un mélange de colère et d’urgence. Claude Kyasangolo, son coordonnateur territorial, ne mâche pas ses mots : la situation est « choquante ». Son appel lancé aux autorités, de la Première ministre au gouverneur provincial, est un cri dans le silence administratif. « Nous demandons une mobilisation générale pour venir en aide aux sinistrés », plaide-t-il. Sur le terrain, l’administrateur du territoire tente de montrer une présence réconfortante, mais ses mains sont vides, ses moyens dérisoires face à l’immensité des besoins. Une visite, des paroles de courage, suffiront-elles à apaiser la détresse d’une famille qui a tout perdu ?
L’urgence est maintenant triple. Après le sauvetage et l’hébergement d’urgence vient la menace sanitaire, redoutée par tous les acteurs sur le terrain. Les eaux stagnantes sont un bouillon de culture idéal pour les maladies hydriques comme le choléra. Sans intervention rapide pour assainir les zones touchées et fournir de l’eau potable, une deuxième vague de souffrance, peut-être plus meurtrière, pourrait s’abattre sur les populations déjà vulnérables. Où est la logistique, où sont les kits sanitaires, où est la aide humanitaire RDC tant attendue ?
Cette catastrophe à Malemba Nkulu pose une question plus large, celle de la résilience de la RDC face aux aléas climatiques. Ces inondations sont-elles un phénomène exceptionnel ou l’avant-goût d’une nouvelle normalité, amplifiée par les dérèglements du climat ? La réponse à court terme est une coordination efficace de l’aide humanitaire pour les sinistrés du Haut-Lomami. Mais à long terme, elle réside dans la mise en place de systèmes d’alerte précoce, de plans d’urbanisation adaptés et d’infrastructures capables de résister. En attendant, dans la boue de Malemba Nkulu, des milliers de vies sont suspendues, attendant un geste fort qui confirmera qu’elles n’ont pas été oubliées.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
