Les 28 et 29 mai 2026, le Comité de Suivi des Prix des Produits Pétroliers (CSPPP) a tenu une session de certification des pertes et manques à gagner (PMAG) enregistrés par les sociétés pétrolières opérant en République démocratique du Congo au cours du premier trimestre de l’exercice 2026. Ces travaux, menés dans les quatre principales zones de consommation du pays – l’Ouest, le Sud, l’Est et le Nord – ont abouti à un constat sans appel : les opérateurs ont subi un manque à gagner colossal de 43 731 567,39 dollars US.
Dans le détail, la zone Ouest, qui englobe Kinshasa et la région côtière, se taille la part du lion avec 35 411 475,66 USD, soit plus de 80 % du total. Un chiffre qui reflète le poids disproportionné de cette région dans la consommation nationale de carburants. Viennent ensuite la zone Sud avec 3 951 278,69 USD, la zone Est avec 3 641 321,98 USD et la zone Nord, qui ferme la marche avec 727 491,06 USD de pertes. Comme l’ont souligné les experts lors de cette réunion, cette flambée des PMAG est intervenue principalement en mars 2026, dans le sillage de la crise géopolitique opposant l’Iran à Israël et aux États-Unis, qui a secoué le marché international des produits pétroliers.
Face à cette situation, le gouvernement de la RDC n’est pas resté les bras croisés. Il a soutenu le principe de l’octroi d’avances sur PMAG aux pétroliers, un mécanisme destiné à éviter toute rupture d’approvisionnement en carburants sur l’ensemble du territoire. Ces avances seront financées par la mobilisation des recettes issues des stocks de sécurité, une réserve stratégique censée amortir les chocs exogènes. Par ailleurs, le Coordonnateur du Comité de Régulation des Prix (CRP) a tenu à rappeler l’engagement du Vice-Premier ministre, ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, qui a renforcé les équipes chargées de la collecte des ressources parafiscales dédiées au remboursement de ces pertes.
Si l’on peut comprendre l’urgence de maintenir la fluidité de la chaîne d’approvisionnement, une question brûle les lèvres : qui paiera, au final, la facture de ces 43,7 millions de dollars ? Derrière les acronymes techniques et les mécanismes de régulation, c’est bien le contribuable congolais qui devra supporter cette charge. Dans un pays où plus de 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, chaque dollar détourné des budgets sociaux – santé, éducation, infrastructures – pour éponger les pertes des compagnies pétrolières est un coup porté au développement.
Cette situation met en lumière la vulnérabilité extrême de l’économie congolaise aux soubresauts de la géopolitique mondiale. Elle interroge aussi sur l’efficacité du système actuel de fixation des prix et de compensation. Depuis des années, l’État multiplie les subventions et les avances pour éviter des hausses brutales à la pompe, mais ce modèle semble reposer sur un château de cartes. La crise de mars 2026 en est une nouvelle illustration : un conflit à des milliers de kilomètres de Kinshasa peut faire vaciller les équilibres financiers du pays.
Il est impératif que le CSPPP et le CRP fassent preuve d’une transparence totale dans la certification de ces PMAG. Les citoyens ont le droit de savoir comment ces montants sont calculés, quelle part relève réellement des chocs extérieurs et quelle part pourrait dissimuler des inefficacités de gestion des opérateurs. Sans un audit indépendant et public, le risque est grand de voir ce système se transformer en une pompe à finances pour des intérêts privés.
En attendant, le gouvernement promet que les stocks de sécurité seront suffisants pour couvrir les avances sans déséquilibrer la trésorerie publique. Mais à l’heure où les prix des carburants restent un sujet ultrasensible pour la population, la moindre erreur de calibrage pourrait avoir des conséquences en cascade sur le coût des transports, des denrées alimentaires et, in fine, sur le panier de la ménagère. La RDC, déjà fragilisée par des crises multiples, n’a pas les moyens de s’offrir un nouveau choc pétrolier. C’est tout le sens de l’appel à la vigilance lancé par les régulateurs, et que CongoQuotidien relaie aujourd’hui.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
