La question sécuritaire dans le nord-ouest de la République démocratique du Congo a occupé, ce lundi 1er juin, le devant de la scène parlementaire. Le Vice-Premier ministre en charge de la Défense nationale et des Anciens combattants, Guy Kabombo Muadiamvita, s’est présenté devant la commission Défense et Sécurité de l’Assemblée nationale pour un exercice de reddition de comptes attendu, tant les populations de cette région expriment un sentiment d’abandon.
Des provinces du Nord-Ubangi, du Sud-Ubangi au Haut-Uele, la sécurité reste un sujet brûlant. La présence des communautés Mbororo, qualifiées de « réfugiés climatiques », cristallise les tensions. Ces éleveurs nomades, poussés hors de leurs terres par l’avancée du désert et les conflits du Sahel, se sont progressivement installés dans ces zones frontalières, suscitant des frictions avec les communautés locales autour de l’accès aux ressources naturelles.
Le ministre Guy Kabombo n’a pas nié la complexité du dossier. Il a reconnu que la gestion des Mbororo exige une réponse coordonnée. « La situation dépasse le seul cadre militaire », a-t-il laissé entendre, plaidant pour une approche interministérielle impliquant aussi les portefeuilles de l’Intérieur, des Affaires foncières et de l’Humanitaire. Un aveu qui sonne comme une critique implicite de la lenteur gouvernementale face à une crise qui, en coulisses, alimente des violences sporadiques et un sentiment d’insécurité grandissant.
Pour les habitants du Nord-Ubangi, ces mots doivent se traduire en actes. Des sources locales rapportent des incidents réguliers, parfois des morts, sans que l’État ne semble en mesure de rétablir durablement l’ordre. La question des Mbororo est devenue un symbole de la fragilité de l’autorité publique dans des zones périphériques, où la présence des forces de défense et de sécurité reste trop souvent intermittente.
Au cours de son audition, le patron de la Défense a également défendu un autre volet de son action : la signature d’un accord de coopération militaire bilatérale avec la République centrafricaine voisine. Un rapprochement stratégique qui, selon lui, vise à renforcer la sécurité aux frontières communes et à consolider les relations avec un pays en proie à une instabilité chronique. « Le renforcement des coopérations militaires bilatérales constitue un levier essentiel pour consolider la sécurité régionale et moderniser notre dispositif de défense », a-t-il martelé devant les élus nationaux.
Pourtant, cet accord ne fait pas l’unanimité. Des voix critiques redoutent que ce partenariat n’offre une porte d’entrée à des influences extérieures, notamment russes, très présentes en Centrafrique. Le ministre a balayé ces inquiétudes, insistant sur la vision du président Félix Tshisekedi : renforcer la diplomatie militaire congolaise par le déploiement d’attachés de défense dans plusieurs pays partenaires et contribuer au rayonnement des FARDC. Reste que la transparence sur le contenu précis de l’accord avec Bangui demeure limitée, ce qui nourrit les spéculations.
Au-delà des discours, les Congolais attendent des résultats tangibles. Dans le nord-ouest, la peur se lit sur les visages. Chaque jour, des familles entières se demandent si l’État aura les moyens de les protéger des incursions, des vols de bétail et des conflits fonciers que la présence des Mbororo exacerbe. La coordination interministérielle évoquée par Guy Kabombo est une nécessité criante, mais elle tardera-t-elle encore à se concrétiser ?
L’audition de ce lundi aura au moins eu le mérite de mettre la lumière sur des réalités trop souvent reléguées au second plan. Mais à Kinshasa, loin des bruits de bottes et des cris d’alarme des villages frontaliers, il est parfois difficile de mesurer l’urgence. Les députés de la majorité comme de l’opposition devront exercer un suivi rigoureux pour que les promesses ne restent pas lettre morte. Car derrière les enjeux stratégiques de coopération régionale, ce sont des vies humaines qui sont en jeu.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: actu30.cd
