Un mouvement tactique notable a été observé dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu. Les rebelles de l’AFC/M23 ont quitté, depuis le 1er avril, la localité stratégique de Katondi. Cette position, située à seulement 18 kilomètres de Lubero-Centre, constituait leur avant-poste le plus avancé en direction du chef-lieu du territoire. Occupée depuis plus d’une année, elle était considérée comme un verrou dans la progression du mouvement rebelle M23. Son abandon, effectué sans heurts ni affrontements, soulève immédiatement des questions sur la stratégie réelle des combattants.
Le retrait des forces de l’AFC/M23 de Katondi s’est déroulé de manière ordonnée. Selon des sources locales et sécuritaires proches du dossier, les éléments rebelles ont emporté avec eux l’intégralité de leur matériel militaire. La zone, autrefois un point de tension majeur dans le conflit Nord-Kivu, se retrouve désormais vide, laissant place à un silence stratégique. Cette évacuation ne s’apparente pas à une déroute, mais plutôt à une manœuvre calculée. La localité se trouvait juste après la zone tampon sous contrôle de l’armée ougandaise (UPDF), ajoutant une couche de complexité à la géopolitique régionale déjà volatile.
Cependant, ce retrait apparent ne signifie pas un recul général. La dynamique du conflit Nord-Kivu est marquée par une fluidité déconcertante. Au moment même où ils se retiraient de Katondi, les éléments de l’AFC/M23 menaient des opérations pour reprendre le contrôle d’autres villages. Les localités de Kalonge et Lubango, situées à une trentaine de kilomètres de Lubero-centre, sont ainsi retombées sous leur emprise. Cette reprise de contrôle est intervenue à l’issue de combats acharnés contre des groupes d’autodéfense locaux, les Wazalendo. Le paradoxe est saisissant : ces mêmes villages avaient été abandonnés par les rebelles une dizaine de jours plus tôt, sans qu’un seul coup de feu ne soit échangé. Que signifient ces allers-retours permanents sur le terrain ?
La réponse pourrait se trouver dans les mouvements des groupes d’autodéfense Wazalendo. En effet, parallèlement au retrait de l’AFC/M23 de Katondi, une présence accrue de ces milices est signalée dans plusieurs autres localités du territoire de Lubero. Les villages de Kipese, Kamandi Gite, Kikuvo, Lunyasenge et Kirikiri voient désormais une activité notable de ces groupes. Fait significatif, ces zones avaient été préalablement désertées par les rebelles du M23 environ une semaine auparavant, également sans combat. Cette valse d’occupations et d’abandons successifs dessine une carte sécuritaire extrêmement mouvante et difficile à décrypter pour les observateurs.
La situation sécuritaire à Lubero apparaît donc comme un puzzle aux pièces constamment déplacées. D’un côté, le retrait de l’AFC/M23 d’une position aussi symbolique que Katondi pourrait laisser penser à un désengagement ou à un repositionnement stratégique majeur. De l’autre, la réoccupation simultanée d’autres villages démontre une capacité opérationnelle intacte et une volonté de maintenir la pression. Les groupes autodéfense Wazalendo, quant à eux, semblent profiter des interstices laissés vacants pour étendre leur influence locale, ajoutant une nouvelle variable à une équation déjà complexe. Le conflit Nord-Kivu entre-t-il dans une nouvelle phase, faite de guerres d’usure et de contrôle par procuration ?
À ce stade, il est impossible pour les analystes de confirmer un désengagement total de l’AFC/M23 des zones récemment abandonnées dans le territoire de Lubero. Les sources sur le terrain, qu’elles soient locales ou sécuritaires, insistent sur le caractère imprévisible de la situation. Les mouvements observés pourraient correspondre à un simple réajustement des lignes en vue de futures opérations, à une tentative de reconfigurer le rapport de forces, ou encore à une manœuvre destinée à attirer les adversaires dans un piège. L’absence de confrontation directe lors de ces déplacements est, en elle-même, un élément à analyser. S’agit-il d’une trêve non déclarée ou d’une tactique de fatigue ?
Le bilan, pour l’instant, est celui d’une instabilité persistante. La population civile, prise en étau entre les différents acteurs, continue de payer le prix fort de ces mouvements de troupes. L’incertitude quant aux intentions réelles du mouvement rebelle M23 et des groupes Wazalendo nourrit un climat d’anxiété permanent. Les autorités locales et la Mission de stabilisation des Nations Unies (MONUSCO) suivent ces développements avec la plus grande attention, conscientes qu’un faux pas pourrait dégénérer en affrontements ouverts. La communauté internationale, souvent critiquée pour son impuissance face à la crise à l’Est de la RDC, est une nouvelle fois mise à l’épreuve. Parviendra-t-elle à lire les signaux et à prévenir une nouvelle escalade ?
En définitive, le retrait de l’AFC/M23 de Katondi ne clôt pas le chapitre de l’insécurité à Lubero. Il en ouvre peut-être un nouveau, plus ambigu et tout aussi dangereux. La fluidité des positions et la rapidité des changements de contrôle territorial rendent toute projection hasardeuse. Une seule certitude émerge : la recherche d’une solution politique durable au conflit Nord-Kivu reste plus impérative que jamais. Tant que les racines profondes de cette violence ne seront pas adressées, les populations continueront de subir les conséquences de ces manœuvres stratégiques, où chaque retrait peut annoncer une offensive et chaque silence, le prélude d’une nouvelle tempête.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
