La population du territoire d’Isangi, située à 125 kilomètres en aval de Kisangani sur le fleuve Congo, a dit stop à la peur. Vendredi 15 mai 2026, les organisations de la société civile locale ont convoqué une marche pacifique pour dénoncer une insécurité devenue insoutenable.
Depuis le début de l’année, les cas de braquages et de meurtres se multiplient dans cette contrée de la province de la Tshopo. La marche pacifique Isangi a rassemblé des centaines d’habitants lassés de compter leurs morts. Leur message : l’État doit protéger ses citoyens.
Le dernier drame en date a été le meurtre d’un commerçant, survenu le dimanche précédent sur l’axe routier Isangi-Yanyambi. La victime, dont l’identité n’a pas été révélée, a été abattue par des individus armés avant d’être dépouillée d’une somme de plus de 10 millions de francs congolais. Ce meurtre commerçant a servi de détonateur à une colère longtemps contenue.
Combien de vies faudra-t-il encore perdre avant que les autorités n’entendent les cris d’alarme ? Ce genre de question rhétorique résonnait dans les slogans scandés lors de la manifestation. Les manifestants, brandissant des pancartes, ont marché dans le calme jusqu’au bureau de l’administrateur du territoire.
Là, un mémorandum a été officiellement remis. Le document, lu publiquement, dresse un tableau sombre de la criminalité Isangi et exige des actions concrètes. Renforcement des effectifs policiers, patrouilles mixtes, éclairage public : les doléances sont précises. La société civile Isangi ne se contente plus de promesses.
« Nous ne demandons pas la lune, nous exigeons simplement le droit de vivre en sécurité », aurait déclaré un porte-parole, selon des témoins. La marche s’est déroulée sans incident, preuve de la maturité d’une population qui choisit la mobilisation citoyenne plutôt que la violence.
L’insécurité Tshopo n’est pourtant pas un phénomène nouveau. Mais son aggravation dans cette zone enclavée inquiète. Les groupes armés non identifiés semblent profiter de l’absence de forces de l’ordre sur les axes routiers isolés. Le territoire d’Isangi, carrefour commercial fluvial, devient une proie facile pour les bandits.
Le mémorandum remis évoque aussi la faim, autre fléau qui frappe la région. La population d’Isangi fait face à une insécurité alimentaire chronique, comme le rapportait récemment un média local. Mais c’est la violence armée qui, aujourd’hui, brise le quotidien des familles. Chaque jour, des commerçants, des paysans, des voyageurs sont attaqués, parfois tués.
Pourquoi les autorités tardent-elles à réagir ? La question hante les discussions. L’administrateur du territoire a réceptionné le mémorandum sans faire de déclaration immédiate. La pression monte : la société civile annonce d’autres actions si rien ne change. « Nous allons durcir le ton », prévient-on dans ses rangs.
Cette marche pacifique Isangi résonne comme un avertissement. Un territoire qui s’estime abandonné ne restera pas éternellement silencieux. La République démocratique du Congo, riche de ses potentialités, ne peut laisser ses enfants vivre dans la terreur.
En attendant, les habitants d’Isangi retiennent leur souffle. Le souvenir du commerçant abattu sur la route de Yanyambi hante les esprits. Dix millions de francs congolais volés, une vie fauchée : ce fait divers est devenu le symbole d’un mal plus profond.
Le mémorandum exige l’ouverture d’une enquête sérieuse et la traque des assassins. Il réclame aussi la mise en place d’une commission mixte sécurité-développement. Car sans sécurité, aucun progrès économique n’est possible. Isangi, poumon économique de la Tshopo par son trafic fluvial, voit son avenir compromis.
La société civile Isangi a donc choisi la rue pour se faire entendre. Une initiative saluée par la population, qui espère désormais un changement rapide. Le gouvernement provincial a promis de réagir, mais aucune mesure concrète n’a été annoncée à ce stade.
La balle est dans le camp des autorités. La prochaine fois, la colère pourrait déborder. D’ici là, Isangi compte ses blessures et attend des actes, pas des mots.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
