Une quarantaine de personnes, parmi lesquelles des Congolais et des réfugiés sud-soudanais, sont retenues en otage depuis lundi 11 mai dans l’est de la République démocratique du Congo. L’incursion armée a frappé les villages frontaliers d’Arile et d’Ulendere, dans le territoire d’Aru, à environ 350 kilomètres au nord de Bunia, chef-lieu de l’Ituri. Les assaillants, identifiés comme des rebelles venus du Soudan du Sud, ont profité de l’absence des Forces armées de la RDC (FARDC) et de la Police nationale congolaise pour semer la terreur.
Dans la nuit du lundi 11 au mardi 12 mai, des hommes lourdement armés ont franchi la frontière congolaise avant d’envahir les deux localités. Selon des témoignages recueillis sur place, ils ont opéré sans rencontrer la moindre résistance. Pillages de médicaments, de chèvres, de vaches et de volailles : le bilan matériel est lourd. Mais c’est le sort des civils qui suscite la plus vive inquiétude.
Les ravisseurs ont emmené de force au moins 40 otages, un chiffre confirmé par la société civile de la chefferie de Kakwa. D’autres sources locales évoquent un nombre encore plus élevé : jusqu’à 75 personnes auraient été enlevées, dont trois seraient parvenues à s’échapper. Parmi les captifs figurent des ressortissants congolais et des réfugiés sud-soudanais installés dans la région depuis plusieurs mois. Ces derniers avaient fui l’instabilité chronique de leur pays pour trouver refuge en Ituri, une zone aujourd’hui à nouveau exposée à la violence transfrontalière.
Une semaine après les faits, aucune information n’a filtré sur l’état de santé ou la localisation des otages. La société civile, profondément préoccupée, appelle le gouvernement congolais à agir d’urgence pour obtenir leur libération. « Nous demandons aux autorités de tout mettre en œuvre pour retrouver nos frères et sœurs », a déclaré un représentant local sous couvert d’anonymat. L’organisation plaide également pour un renforcement immédiat des effectifs militaires le long de la frontière avec le Soudan du Sud, afin de prévenir de nouvelles attaques.
Cette incursion n’est malheureusement pas un cas isolé. Depuis le début de l’année 2026, au moins vingt-huit raids attribués à des soldats et miliciens sud-soudanais ont été enregistrés dans cette partie du territoire d’Aru. Une série d’incidents qui posent avec acuité la question de la sécurité des frontières de la RDC. Comment expliquer que des groupes armés puissent traverser la limite internationale sans être inquiétés ? L’absence prolongée des forces de défense et de sécurité alimente un sentiment d’abandon au sein des communautés riveraines.
À ce jour, ni les FARDC ni les autorités provinciales ou territoriales n’ont émis la moindre réaction officielle. Ce silence contraste avec la gravité de la situation. Les populations locales, déjà éprouvées par des années de conflits armés, redoutent que ces enlèvements ne deviennent une tactique récurrente utilisée par les rebelles sud-soudanais pour financer leurs activités par des rançons. Le calvaire des otages congolais et sud-soudanais rappelle cruellement l’urgence d’une coopération sécuritaire renforcée entre Kinshasa et Juba.
Combien de temps encore les habitants de l’Ituri devront-ils subir ces exactions transfrontalières sans une réponse ferme des institutions ? La résolution de cette crise exigera non seulement une intervention militaire ponctuelle, mais aussi une stratégie durable de sécurisation des zones frontalières sensibles. En attendant, l’angoisse monte autour du sort des quarante âmes arrachées à leur quotidien dans les villages d’Arile et d’Ulendere.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
