La frontière orientale de la République démocratique du Congo a de nouveau tremblé. Dans la nuit du 11 au 12 mai, une incursion armée a bouleversé les villages d’Arile et d’Ulendere, territoire d’Aru, à environ 350 km au nord de Bunia. Plus d’une semaine après, le bilan reste lourd : au moins 40 personnes, Congolais et réfugiés sud-soudanais, sont toujours retenues en otage.
Des rebelles identifiés comme venus du Soudan du Sud ont traversé la frontière sans rencontrer la moindre résistance. Profitant d’un vide sécuritaire abyssal — aucune présence des FARDC ou de la Police nationale congolaise dans cette zone isolée — les assaillants ont pillé méthodiquement les localités. Médicaments, bétail, volailles : tout a été emporté, laissant les habitants dans un dénuement total.
Mais au-delà du pillage, c’est la prise d’otages Ituri qui glace le sang. Selon la société civile de la chefferie de Kakwa, le nombre de disparus oscille entre 40 et 75, dont trois personnes auraient miraculeusement réussi à s’échapper. Comment expliquer que des réfugiés sud-soudanais, déjà chassés de leur pays par la violence, puissent de nouveau être capturés par ceux-là mêmes qu’ils fuyaient ?
L’incursion armée Aru relance un débat douloureux : pourquoi les zones frontalières demeurent-elles si vulnérables, alors que les alertes se multiplient ? Depuis janvier 2026, au moins 28 incursions attribuées à des soldats et miliciens sud-soudanais ont été recensées dans ce seul territoire. Un chiffre qui résonne comme un abandon de la sécurité RDC par l’État.
Face à l’inaction, la société civile hausse le ton. Elle exige du gouvernement congolais un déploiement urgent et renforcé des FARDC frontière, seule digue possible contre ces raids répétés. Sans réaction officielle, le silence des autorités provinciales et territoriales devient assourdissant. Jusqu’à ce jour, ni les forces armées ni les responsables politiques n’ont commenté l’enlèvement massif.
Cette absence de réponse creuse un sentiment d’abandon chez des populations déjà éprouvées. Combien de drames faudra-t-il encore pour que la protection des civils devienne une priorité réelle le long de cette frontière poreuse ? Dans l’attente, une question demeure : les 40 otages, congolais et réfugiés sud-soudanais, reverront-ils un jour leurs familles ?
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
