Une nouvelle arrestation ciblant un professionnel des médias secoue l’est de la République démocratique du Congo. Espoir Mbata, directeur de la radio communautaire Top Buzi FM, a été interpellé le 29 mars par des agents de renseignement du mouvement rebelle M23 et de l’Alliance Fleuve Congo (AFC). Selon le Committee to Protect Journalists (CPJ), cette arrestation fait suite à la publication d’un message sur WhatsApp évoquant un possible retrait du groupe armé de la localité de Minova, au Sud-Kivu. Cette arrestation d’un journaliste par le M23 illustre les périls croissants pour la liberté de la presse en RDC.
Le journaliste a été conduit dans une cellule de police après son interpellation. Les faits remontent à une communication dans un groupe local de messagerie, où Espoir Mbata aurait indiqué que les rebelles, qui contrôlent la ville depuis 2025, pourraient s’en retirer. Cette information survient quelques jours après l’annonce par le M23 d’un retrait unilatéral de certaines zones du Nord-Kivu. Pour le CPJ, cette arrestation arbitraire souligne la pression croissante exercée sur les médias dans les régions en conflit. La sécurité des journalistes dans l’est Congo est désormais un enjeu critique.
« Les conditions de travail deviennent de plus en plus dangereuses pour les journalistes dans l’est de la RDC », a déclaré Angela Quintal, directrice Afrique du Committee to Protect Journalists. L’organisation non gouvernementale, qui défend la liberté de la presse à travers le monde, dénonce des arrestations visant les professionnels de l’information tant par les autorités que par les groupes armés. Comment assurer une information libre lorsque la menace plane en permanence ?
Cet incident n’est pas isolé. Le 12 mars, des soldats du M23/AFC ont tenté d’arrêter un autre journaliste à Bukavu, alors qu’il réalisait des interviews auprès de commerçants protestant contre la perte de leurs espaces de vente. Des autorités locales l’ont accusé de collaborer avec le gouvernement de Kinshasa et ont ordonné la confiscation de son matériel ainsi que son arrestation. Il affirme avoir échappé à l’interpellation grâce à l’intervention de manifestants et se dit depuis caché après avoir reçu plusieurs menaces. Cette tentative s’ajoute à une liste inquiétante d’atteintes à la sécurité des journalistes.
Le Committee to Protect Journalists RDC s’alarme de la multiplication de tels actes. Depuis l’alliance entre le M23 et l’AFC en 2024, les journalistes font face à une recrudescence des menaces, arrestations et actes de censure dans les zones sous contrôle rebelle. La liberté de la presse en RDC est mise à rude épreuve, avec des professionnels contraints de travailler dans la crainte permanente. La menace du M23 contre les journalistes devient une norme dangereuse.
Les sollicitations du CPJ adressées au porte-parole du M23 et à des responsables locaux sont restées sans réponse. Ce silence inquiète les défenseurs des droits de l’homme, qui y voient un mépris pour le droit à l’information. Comment les médias peuvent-ils fonctionner dans un climat d’impunité ? La question demeure sans réponse, alors que les risques s’accentuent chaque jour.
Ces incidents interviennent dans un contexte diplomatique tendu. En mars, des discussions ont eu lieu à Washington entre responsables congolais et rwandais pour relancer un accord de paix. Cependant, des experts des Nations unies affirment disposer de preuves du soutien du Rwanda au M23, ce que Kigali conteste. La situation sécuritaire dans la région demeure volatile, avec des conséquences directes sur le travail des médias et la sécurité des journalistes dans l’est Congo.
L’arrestation d’Espoir Mbata rappelle cruellement les dangers encourus par ceux qui tentent d’informer dans des zones de conflit. Le CPJ et d’autres organisations appellent à une libération immédiate et à la cessation des intimidations. La communauté internationale est sommée de réagir pour protéger la liberté de la presse, pilier essentiel de toute démocratie. Sans action concrète, la situation risque de se dégrader davantage.
En attendant, les journalistes congolais continuent leur travail malgré les périls. Leur courage face à l’adversité mérite d’être salué, mais sans garanties de sécurité, leur mission devient presque impossible. L’espoir d’une amélioration repose sur une résolution politique du conflit et sur le respect des engagements internationaux en matière de droits humains. La vigilance reste de mise, alors que la menace du M23 contre les journalistes persiste.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
