Ce lundi 15 juin 2026, l’actualité congolaise est marquée par une convergence de crises : la gestion de l’épidémie d’Ebola est vivement critiquée, un rapport accablant documente les violences politiques à Kinshasa, la situation sécuritaire dans l’Est reste alarmante, tandis que le processus de réforme constitutionnelle franchit une étape au Sénat. Voici les faits saillants de la journée.
Gestion d’Ebola : Seth Kikuni dénonce l’inaction de Félix Tshisekedi
L’opposant Seth Kikuni a sévèrement critiqué la gestion de l’épidémie d’Ebola Bundibugyo par le président Félix Tshisekedi. Lors d’un Live Space animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, il a pointé l’absence du chef de l’État en zone épidémique, contrastant avec sa participation à des événements festifs et internationaux. Lire l’article complet. Selon lui, cette inaction pourrait entraîner des conséquences diplomatiques, comme l’annulation de visas, et affaiblir la confiance des communautés locales, pourtant cruciale pour l’adhésion aux mesures de prévention. En effet, la visibilité des autorités est un facteur clé en santé publique pour encourager le respect des mesures barrières. Sans implication visible, les messages de sensibilisation risquent de perdre en efficacité, compliquant le travail des équipes sur le terrain. L’opposant a également averti que la RDC est « presque placée sur une liste noire » par la communauté internationale, ce qui pourrait réduire l’aide financière et technique indispensable pour contenir le virus. Ce décalage entre l’agenda présidentiel et la gravité de la situation sanitaire nourrit un sentiment de déconnexion des réalités du terrain, susceptible de miner la crédibilité des institutions et de compliquer la riposte.
Violences du 12 juin : la CENCO documente et exige la neutralisation de la Force du Progrès
Un rapport de Justice et Paix Congo, publié le 15 juin, détaille les affrontements meurtriers survenus lors du sit-in de la coalition C64 à Kinshasa. Il fait état d’au moins deux morts, de dizaines de blessés et d’interpellations arbitraires. Lire l’article complet. Le document pointe la responsabilité de la Force du Progrès, qualifiée de milice opérant « au grand jour », et exige sa neutralisation. Dès les premières heures du 12 juin, les observateurs de Justice et Paix Congo ont constaté la présence conjointe de militaires, de policiers et d’éléments de la Force du Progrès sur les principales artères de la capitale, procédant à des interpellations avant même le début de la manifestation. Les sièges des partis d’opposition, notamment l’ECIDé de Martin Fayulu, le FONUS d’Olengankoy et l’Alliance pour le Changement de Jean-Marc Kabund, ont été attaqués. C’est lors de l’assaut contre le siège de l’ECIDé qu’un premier manifestant a été tué, à coups de bâtons et de pierres, tandis qu’un second est mort par balle aux abords du Palais du Peuple. Des cas d’extorsion de biens par la Force du Progrès sont également documentés. Face à ce bilan, des recommandations sont adressées au gouvernement, au Parlement et à la justice pour prévenir de tels drames, notamment l’ouverture d’une enquête indépendante et l’adoption d’un cadre légal moderne pour l’encadrement des manifestations pacifiques.
Masisi : une dizaine de disparus après des arrestations attribuées à l’AFC/M23
L’ASBL CFDD alerte sur des enlèvements et exécutions de civils dans le territoire de Masisi. Parmi les disparus figurent deux agents de MSF Belgique. Lire l’article complet. Huit civils ont été tués dans le groupement Bukombo. L’organisation appelle à la mobilisation des autorités pour faire la lumière sur ces crimes et garantir la sécurité des populations. Ces disparitions sont survenues au cours des dix derniers jours précédant la publication du communiqué, sans que les autorités compétentes n’aient encore confirmé les faits. La CFDD souligne que ces enlèvements s’inscrivent dans un contexte de recrudescence des violences ciblant les civils, y compris le personnel humanitaire, rappelant qu’en mars dernier, d’autres agents humanitaires avaient déjà été enlevés sur l’axe Mweso-Kashuga. L’organisation insiste sur la nécessité d’une mobilisation des autorités congolaises, des organisations internationales et des partenaires humanitaires pour faire la lumière sur ces disparitions et ces exécutions, et demande aux parties impliquées dans le conflit de respecter les droits des civils ainsi que les principes du droit international humanitaire.
Bombardement à Mushali : trois morts et un lourd impact sanitaire et agricole
Un bombardement attribué à l’AFC/M23 a fait trois morts et cinq blessés à Mushali, dans le territoire de Walikale. Lire l’article complet. Les blessés ont été évacués vers l’hôpital de Kibua. L’attaque a provoqué la fuite des cultivateurs, aggravant les risques alimentaires dans une zone déjà fragilisée par l’insécurité. Des drones ont largué des obus qui ont également touché les localités de Muunda et Buhimba, dans le groupement voisin de Waloa Yungu. Les blessés, atteints par des éclats d’obus, ont d’abord été évacués vers une structure sanitaire de Mungazi pour recevoir les premiers soins, avant d’être transférés à l’Hôpital général de référence de Kibua pour une prise en charge spécialisée. L’arrêt brutal des travaux agricoles peut entraîner une baisse de la production vivrière, avec des conséquences directes sur la disponibilité alimentaire et les revenus des ménages. Dans un contexte où l’insécurité persiste, les déplacements forcés et l’abandon des cultures aggravent la vulnérabilité économique des familles, créant un cercle vicieux de précarité.
Haut-Uele : Eve Bazaiba promet un retour « dans la dignité » aux déplacés
En mission à Isiro, la ministre d’État Eve Bazaiba a réaffirmé l’engagement du gouvernement en faveur des plus de 30 000 déplacés de Suka na Mboka, fuyant les violences attribuées aux ADF. Lire l’article complet. Elle a conditionné leur retour au rétablissement de la sécurité, tout en annonçant une assistance humanitaire imminente. Dépêchée sur instruction du président Félix Tshisekedi, la ministre a pris la mesure de la crise humanitaire qui touche ces déplacés, dont le nombre est passé de quelques milliers à plus de 30 000 personnes en six semaines, depuis le début des fuites le 30 avril 2026. Accueillie par le vice-gouverneur Christophe Dara Matata, elle a participé à une réunion de sécurité élargie en présence du lieutenant-général Ytchaligonza Mindiru Jacques, chef d’état-major des FARDC chargé des opérations et du renseignement, pour coordonner la réponse. Devant les familles sinistrées réunies sur le site de Gosamu, elle a assuré que leur retour se ferait « dans l’ordre et dans la dignité » dès le rétablissement de la sécurité. Les populations attendent désormais des actions concrètes, la coordination entre les autorités provinciales, les FARDC et le gouvernement central étant déterminante pour organiser ce retour.
Référendum en RDC : le Sénat adopte une version amendée, l’opposition claque la porte
Le Sénat a voté à l’unanimité la loi sur le référendum, mais avec des modifications par rapport au texte de l’Assemblée nationale. Lire l’article complet. Les sénateurs de l’opposition ont quitté la séance, dénonçant une réforme constitutionnelle dangereuse en période d’occupation. Une commission mixte paritaire va désormais harmoniser les deux versions. Le vote, acquis à l’unanimité des 89 sénateurs présents, reflète une adhésion totale au sein de la chambre haute, mais masque une fracture politique. Avant le vote final, les sénateurs de l’opposition ont quitté l’hémicycle pour marquer leur désaccord, jugeant « dangereux d’engager une réforme constitutionnelle alors qu’une partie du pays est sous occupation de l’armée rwandaise ». Le rapport présenté par la Commission politique, administrative, juridique et des droits humains (PAJ), présidée par le sénateur Jules Lodi, a introduit plusieurs modifications, notamment aux articles 8, 9, 14, 19 et 23, expliquant pourquoi le texte voté par le Sénat diffère de celui approuvé par l’Assemblée nationale le 11 juin dernier. L’adoption de ce texte ravive les craintes d’une modification de la Constitution, un projet que rejettent plusieurs figures de l’opposition, dont la coalition C64 qui avait organisé un sit-in le 12 juin. Les prochains débats au sein de la commission mixte paritaire seront donc scrutés de près, tant par les acteurs politiques que par la population, soucieuse de stabilité dans un pays déjà confronté à des défis majeurs.
Formation tech en RDC : 1 000 certifiés pour la connectivité de 2030
Le Conseil des ministres a adopté un programme de formation pour plus de 1 000 techniciens congolais d’ici 2028, ciblant la fibre optique, l’IA et la cybersécurité. Lire l’article complet. Cette initiative vise à préparer les ressources humaines aux besoins de 2030 et à renforcer la souveraineté numérique du pays. Porté par le ministre du secteur, ce projet entend développer des compétences locales au sein des Postes et Télécommunications, afin de réduire la dépendance aux expertises étrangères et de créer un vivier local de spécialistes. Pour les citoyens, cela signifie potentiellement des réseaux plus fiables et une maintenance plus réactive, à condition que les moyens suivent. Le ministre a sollicité l’adhésion et l’accompagnement du gouvernement pour assurer la mise en œuvre effective du projet, soulignant que la réussite dépendra d’une coordination interministérielle et de financements pérennes. L’impact social dépendra de la capacité à déployer ces compétences sur tout le territoire, y compris dans les zones rurales souvent délaissées. L’adoption du dossier après débats et délibérations suggère un consensus politique, mais le suivi citoyen sera crucial pour transformer les annonces en progrès tangibles.
Ce débrief met en lumière les défis multiples auxquels la RDC est confrontée, entre urgences sanitaires, tensions politiques et insécurité persistante. La journée du 15 juin 2026 illustre la complexité d’une nation en quête de stabilité et de développement.
