Au lendemain de la répression du sit-in du C64 à Kinshasa, Jean-Marc Kabund a profité d’un Space live sur X pour lancer un appel à la mobilisation citoyenne. Ses propos, d’une gravité inédite, posent une question centrale : jusqu’où peut aller la contestation politique sans basculer dans une crise aux conséquences sociales imprévisibles ?
Un réquisitoire sans précédent contre le chef de l’État
Intervenant vendredi soir lors d’un échange organisé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, l’opposant a directement accusé le président Félix Tshisekedi et son entourage de vouloir démanteler le pays. « Nous avons devant nous un choix à faire. Soit celui de sauver notre pays, soit de le laisser couler, parce que Félix Tshisekedi et ses amis sont déterminés à balkaniser ce pays », a-t-il déclaré. Une accusation lourde, qui dépasse le cadre habituel des joutes politiques pour toucher à l’intégrité même de la nation.
Jean-Marc Kabund a ensuite énuméré les souffrances quotidiennes des Congolais, qu’il attribue à la gouvernance actuelle : misère, souffrance, avenir compromis. En liant ces difficultés à une volonté délibérée de « détruire tout ce que nous avons en commun », il cherche à transformer le mécontentement social en un rejet global du pouvoir. Ce discours, qui fait écho aux frustrations populaires, pourrait trouver un écho particulier dans un contexte de précarité grandissante.
L’héritage des figures nationalistes comme argument politique
Face aux critiques récurrentes sur les motivations personnelles des leaders de l’opposition, Jean-Marc Kabund a convoqué les figures tutélaires du nationalisme congolais. « Sinon Lumumba aurait aussi travaillé pour lui-même. Sinon tous les combats de Tshisekedi seraient pour lui-même », a-t-il rétorqué. Une manière de s’inscrire dans une filiation historique et de légitimer son combat au nom de l’intérêt collectif.
Cette stratégie rhétorique vise à dépasser le clivage entre ambitions personnelles et engagement citoyen. En invoquant Patrice Lumumba et Étienne Tshisekedi, l’opposant tente de mobiliser au-delà de son propre camp, en rappelant que la lutte politique peut être désintéressée. Mais cette référence au passé soulève aussi une interrogation : le contexte actuel permet-il encore de tels élans unitaires, ou les divisions sont-elles trop profondes ?
La jeunesse, un enjeu crucial pour l’avenir du pays
Jean-Marc Kabund s’est ensuite adressé directement à la jeunesse congolaise, dont il a souligné la précarité. « Quelle est la probabilité pour qu’un étudiant devienne comme Martin Fayulu, pour qu’un étudiant devienne comme Jean-Marc Kabund ? La probabilité est très minime », a-t-il reconnu. Un constat lucide sur les inégalités d’accès aux responsabilités, qui résonne avec le désarroi de nombreux jeunes diplômés sans perspective.
Plutôt que de promettre des ascensions individuelles, il a plaidé pour une transformation structurelle : « Nous devons construire une société où tout le monde a les mêmes chances. Les enfants des riches, des pauvres, les enfants des politiciens et de ceux qui ne font pas la politique ont les mêmes chances parce qu’ils fréquentent les mêmes écoles, les mêmes universités. » Ce projet de société plus juste, fondé sur le partage et la solidarité, se présente comme la seule réponse crédible à la crise actuelle. Mais sa mise en œuvre suppose un changement radical des politiques publiques, ce qui reste un défi immense.
Un avertissement sur l’avenir compromis des Congolais
En conclusion, l’opposant a lancé un dernier appel à la conscience collective, teinté d’un avertissement solennel. « Il est clair aujourd’hui que notre pays est en danger et que chacun doit prendre conscience de l’avenir de ce pays, l’avenir de ses propres enfants », a-t-il insisté. Une manière de rappeler que l’inaction pourrait avoir des conséquences irréversibles pour les générations futures.
Ce discours, qui survient dans un climat politique tendu, illustre la radicalisation du débat public en République démocratique du Congo. Si les accusations de balkanisation restent à étayer, elles traduisent une défiance profonde envers les institutions et un sentiment d’urgence qui pourrait peser sur la stabilité du pays. Reste à savoir si cet appel à la mobilisation sera entendu, ou s’il se heurtera à la lassitude d’une population déjà éprouvée.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
