AccueilActualitéPolitiqueChristian Bosembe prône une quatrième République et de nouveaux mandats

Christian Bosembe prône une quatrième République et de nouveaux mandats

Dans un entretien accordé à l’émission « Space » animée par Stanis Bujakera Tshiamala et Patient Ligodi, Christian Bosembe, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), a pris soin de distinguer ses convictions personnelles de ses fonctions officielles, tout en assumant publiquement son plaidoyer en faveur d’une nouvelle Constitution. Se réclamant d’un engagement ancien, il a rappelé qu’il militait déjà pour l’avènement d’une quatrième République depuis 2017, lorsqu’il exerçait encore le métier de journaliste. À ses yeux, l’actuel système semi-présidentiel est inadapté au contexte congolais et devrait céder la place à un régime présidentiel plus affirmé, sur le modèle américain, qu’il juge mieux à même de stabiliser le pays.

Cette prise de position relance le débat sur la révision ou le changement constitutionnel, un sujet hautement sensible dans l’histoire politique récente de la RDC. En effet, l’ancien président Joseph Kabila avait été accusé de vouloir se maintenir au pouvoir au-delà des deux mandats que lui octroyait la Constitution de 2006, ce qui avait déclenché des années de contestations. Christian Bosembe, qui fut alors un opposant résolu à ce qu’il qualifiait de « glissement » ou de « troisième mandat », se retrouve aujourd’hui dans une posture que d’aucuns jugent contradictoire. Pourtant, le président du CSAC maintient une ligne claire : « On ne parle pas de troisième mandat, on parle de nouveaux mandats », a-t-il martelé, estimant que la formulation de « troisième mandat » est juridiquement inexacte. Selon lui, l’adoption d’une nouvelle Constitution remettrait les compteurs à zéro, ce qui ouvrirait la compétition électorale à tous les prétendants, y compris le président Félix Tshisekedi, sans que cela ne puisse être assimilé à une manœuvre de conservation du pouvoir.

Rattrapé par ses propres déclarations passées contre le maintien de Joseph Kabila au-delà de ses deux mandats constitutionnels, Christian Bosembe a invoqué une différence fondamentale de contexte. Il a fait valoir que la guerre qui sévit actuellement dans l’est du pays, avec notamment l’occupation de vastes territoires par le groupe armé M23, crée une situation sécuritaire précaire qui rendrait toute échéance électorale prématurée. À ceux qui lui ont opposé le précédent de 2023, année où des élections générales avaient été organisées malgré l’occupation de certaines zones par la même rébellion, il a répondu que la situation actuelle était « totalement différente », sans toutefois détailler les éléments qui justifieraient une telle distinction.

Cette posture soulève des questions tant sur le plan institutionnel que sur celui de la gouvernance démocratique. En plaidant pour un changement de régime et un report de fait des élections en raison de l’insécurité, Christian Bosembe entretient un flou qui pourrait être instrumentalisé. Ses interlocuteurs ont relevé que l’argument sécuritaire a souvent servi par le passé à justifier des révisions constitutionnelles opportunistes. Le président du CSAC s’en défend, arguant que son engagement date bien avant son entrée en fonction au sein de l’organe de régulation des médias et qu’il relève d’une conviction intellectuelle profonde, non d’un calcul politicien.

L’affirmation selon laquelle « changer de Constitution signifie repartir de zéro » est elle-même sujette à controverse sur le plan juridique. De nombreux constitutionnalistes soutiennent qu’une nouvelle Constitution ne gomme pas les mandats accomplis sous l’empire de l’ancienne, surtout lorsque les principes de limitation temporelle du pouvoir sont considérés comme faisant partie du bloc de constitutionnalité intangible. La position de Christian Bosembe, si elle venait à prospérer dans le débat public, pourrait donc constituer un précédent lourd de conséquences pour l’avenir démocratique du pays.

Au-delà de la polémique, cette sortie médiatique du président du CSAC illustre les tensions qui traversent la société congolaise autour de la question institutionnelle. Alors que le président Félix Tshisekedi a lui-même évoqué la nécessité d’une réforme constitutionnelle, les propos de Christian Bosembe viennent renforcer l’idée d’un mouvement favorable à une refonte en profondeur des institutions. Ils pourraient cependant brouiller la frontière entre le rôle de régulateur, censé incarner l’impartialité, et celui de militant politique, ce qui n’est pas sans risque pour la crédibilité du CSAC.

En définitive, Christian Bosembe assume un positionnement clivant, tentant de conjuguer son statut officiel avec des convictions personnelles clairement affichées. Reste à savoir si cette intervention contribuera à un débat serein sur l’avenir des institutions ou si elle alimentera la défiance à l’égard d’un éventuel projet de nouvelle Constitution. Une chose est certaine : le débat sur le changement de République ne fait que commencer, et il promet d’être aussi passionné que décisif.

Article Ecrit par Chloé Kasong

Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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