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RDC : Christian Bosembe pour une IVe République et de nouveaux mandats

Le débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo vient de prendre une tournure particulière. Christian Bosembe, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), a posé un acte politique fort en assumant publiquement son soutien à l’adoption d’une nouvelle loi fondamentale. Lors d’une récente émission en ligne, le régulateur a pris soin de dissocier ses convictions personnelles de ses fonctions officielles, mais la frontière semble désormais poreuse.

Militant de longue date pour une quatrième République, M. Bosembe a rappelé qu’il défendait cette idée depuis 2017, alors qu’il exerçait encore le métier de journaliste. Son modèle de prédilection : un régime présidentiel inspiré du système américain, qu’il juge mieux adapté aux réalités congolaises que le régime semi-présidentiel actuel. « Cela permettrait de stabiliser les institutions et de responsabiliser l’exécutif », a-t-il argumenté, tout en reconnaissant que son propos n’engageait désormais que le citoyen Bosembe.

Mais c’est sur la délicate question du troisième mandat que le président du CSAC a créé la surprise. Alors que le débat national s’enflamme autour d’une éventuelle candidature de Félix Tshisekedi après 2028, il a balayé la terminologie dominante : « On ne parle pas de troisième mandat, on parle de nouveaux mandats », a-t-il martelé. Selon lui, un changement de constitution remettrait les compteurs à zéro, ouvrant ainsi la compétition électorale à l’ensemble des candidats, y compris l’actuel chef de l’État. Une manière de normaliser l’idée d’une rupture constitutionnelle sans assimiler celle-ci à une manœuvre de conservation du pouvoir.

Rattrapé par ses propres déclarations passées, lorsqu’il s’opposait au maintien de Joseph Kabila au-delà de ses mandats constitutionnels, Christian Bosembe a invoqué une distinction de contexte. L’argument est désormais sécuritaire : la guerre dans l’Est, avec l’avancée des rebelles du M23, rendrait toute échéance électorale prématurée. Ses interlocuteurs lui ont aussitôt opposé le précédent de 2023, où des élections générales avaient pu se tenir malgré l’occupation de plusieurs territoires par les mêmes groupes armés. Une contradiction qu’il a écartée d’un revers de main, estimant que la situation actuelle est « totalement différente », sans toutefois préciser en quoi.

Cette posture suscite des interrogations légitimes sur la neutralité de l’institution qu’il dirige. En tant que régulateur des médias, le CSAC est censé garantir un traitement équilibré de l’information, notamment en période préélectorale. Or, en épousant ouvertement la cause du changement constitutionnel et en écartant le terme de « troisième mandat », M. Bosembe prend le risque de fragiliser la crédibilité de son organe. Certains y verront une simple expression citoyenne, d’autres un alignement tactique sur le pouvoir en place.

Le débat est d’autant plus sensible que la révision ou le changement de constitution touche aux fondements du contrat social congolais. Alors que les consultations nationales annoncées par le président Tshisekedi peinent à démarrer, la sortie du patron du CSAC alimente les soupçons d’un verrouillage institutionnel progressif. Reste à savoir si cette prise de position restera isolée ou si elle annonce une instrumentalisation plus large des organes de régulation dans la bataille politique qui s’engage.

En attendant, Christian Bosembe a réussi un tour de force médiatique : placer ses convictions personnelles au cœur du débat national, tout en tentant d’en relativiser la portée. Un exercice périlleux pour celui qui est censé arbitrer les joutes médiatiques à venir.

Article Ecrit par Chloé Kasong

Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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