Hier encore, Kigali justifiait son intervention militaire dans l’Est de la République démocratique du Congo par la nécessité de démanteler les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et de protéger les Tutsis congolais. Un narratif défensif et humanitaire, brandi depuis 2012, qui semble aujourd’hui se fissurer de manière spectaculaire. Selon une information rapportée par la BBC, le Rwanda poserait une condition claire pour arrêter la guerre : un pourcentage sur les revenus du site minier de Rubaya, qui fournit à lui seul 15 % de la production mondiale de coltan.
Ce glissement est brutal. Du prétexte sécuritaire, on bascule dans une logique de prédation économique assumée. Rubaya, situé dans le territoire de Masisi, est un poumon économique vital pour la région et une source stratégique de minerais critiques, notamment le coltan, indispensable à l’industrie électronique. En exigeant une part de cette rente minière, Kigali met à nu ce que Kinshasa et de nombreux observateurs dénonçaient depuis longtemps : le conflit est moins motivé par la traque de forces « génocidaires » que par le contrôle des richesses congolaises.
Le professeur Louis Akilimali Kahumbugu Chiririmbo, enseignant-chercheur et expert en désarmement, paix et résolution des conflits, identifie trois hypothèses pour éclairer ce jeu trouble. La première est celle de la prédation cynique : contrôler Rubaya, c’est s’assurer des flux financiers colossaux pour financer la logistique militaire et rétribuer les combattants. Dans ce scénario, le narratif humanitaire s’effondre, et le conflit devient une guerre de rapine où la paix perd tout intérêt économique pour les belligérants.
La deuxième hypothèse évoque un possible « deal de paix réaliste ». Dans une logique diplomatique, on pourrait marchander un pourcentage de la mine contre le retrait du M23 et une rupture avec les FDLR. Ce modèle a déjà été observé dans d’autres conflits africains, comme au Soudan du Sud ou en Centrafrique. Moralement scandaleux pour la souveraineté congolaise, il séduirait certains négociateurs soucieux de stopper l’hémorragie humaine et territoriale. Le dilemme est cruel : une paix injuste ou une guerre juste ? Pour nombre de Congolais, le choix ne devrait pas exister.
La troisième piste est celle de la désinformation. En période de guerre, les fuites médiatiques sont des armes. La BBC relaie, mais qui sont les sources réelles ? Kigali, Kinshasa, Paris – citée dans cette « médiation » – pourraient tester les réactions ou faire pression. Avant tout jugement, il faudrait identifier les porte-parole officiels et décrypter le rôle trouble des acteurs internationaux.
Ces révélations mettent en lumière l’ambiguïté de la diplomatie européenne, en particulier celle de la France. Emmanuel Macron, médiateur autoproclamé entre l’Union européenne et l’Union africaine, apparaît de plus en plus juge et partie. Alors que le Parlement européen a voté en février 2025, à une majorité historique, pour l’annulation immédiate du mémorandum d’entente sur les minerais signé avec le Rwanda en 2024 – un accord suspecté de reposer sur des minerais congolais pillés – la Commission européenne refuse obstinément de le réviser. Bruxelles semble privilégier la sécurisation de ses approvisionnements en matières premières critiques au détriment des principes qu’elle prétend défendre.
Si Paris venait à valider ou tolérer un arrangement sur Rubaya, l’image de la France et de l’UE s’effondrerait durablement en Afrique francophone. La paix ne peut rimer avec capitulation. Rubaya est congolaise, et nul pourcentage, nulle taxe, nulle compensation ne saurait être versée à l’agresseur. La RDC ne doit pas payer pour les conséquences d’une guerre imposée.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
