Le Congo Fleuve Hôtel a vibré, jeudi 28 mai, au rythme d’un hommage aussi appuyé que stratégiquement situé. Jean‑Claude Masangu, ancien gouverneur de la Banque Centrale du Congo, a choisi de saluer la mémoire de Banza Mukalay Sungu, disparu mais loin d’être oublié. Un retour sur une carrière politique dense, qui en dit long sur les mécanismes de la longévité en République Démocratique du Congo.
Dans une allocution mesurée, Masangu a rappelé que l’illustre défunt avait consacré 33 ans de sa vie à la scène politique congolaise. Un bail. Une endurance que peu de ses contemporains peuvent revendiquer, dans un environnement où les éclosions sont aussi rapides que les disgrâces. « Banza Mukalay portait une vision politique claire, fondée sur des valeurs fondamentales », a‑t‑il insisté, comme pour mieux souligner, en creux, la rareté de ce type de profil aujourd’hui.
Le parcours de cet homme politique congolais force le respect, même chez ses adversaires. Élu député national pour la première fois à 29 ans, il a ensuite occupé six portefeuilles ministériels. Une trajectoire rectiligne qui a traversé les crises successives du pays. Mais Banza Mukalay n’était pas qu’un notable de la République. Auteur de plus de dix ouvrages, il a couché sur le papier une pensée politique que beaucoup de ses pairs se contentent d’improviser dans les prétoires. Une œuvre intellectuelle qui tranche avec la culture du verbe creux.
En 2006, alors que le pays pansait les plaies d’une transition post‑conflit, il fondait l’Union pour le Développement du Congo (UDCO). Un parti qui ambitionnait de dépasser les clivages traditionnels, en s’implantant dans six provinces : Kinshasa, Kongo Central, Grand Bandundu, Nord‑Kivu, Sud‑Kivu et Grand Katanga. Une couverture nationale qui contrastait avec la myriade de formations à vocation communautaire ou clientéliste. L’UDCO alignait alors six sièges à l’Assemblée nationale, deux au Sénat, sans oublier quatre députés provinciaux au Katanga. Des chiffres modestes, mais un maillage territorial digne d’un parti de gouvernement.
Jean‑Claude Masangu, en choisissant de prendre la parole, ne s’est pas contenté de rendre un hommage de circonstance. Il a implicitement posé la question de l’héritage. Que reste‑t‑il de cette vision dans un paysage politique national où les partis survivent rarement à leur fondateur ? Banza Mukalay laisse derrière lui une structure qui, comme beaucoup d’autres, risque de s’étioler sans la force de son charisme. L’UDCO saura‑t‑elle se réinventer, ou rejoindra‑t‑elle ce cimetière des partis‑fétiches qui n’existent que le temps d’un cycle électoral ?
L’hommage de l’ex‑gouverneur de la Banque Centrale, figure de la société civile financière, n’est pas anodin. Il semble suggérer qu’au‑delà des barons politiques, le Congo a besoin de « bâtisseurs » – un terme que Masangu n’a pas employé, mais que son discours évoquait en filigrane. Banza Mukalay était de cette race d’hommes politiques qui pensaient la nation avant le mandat. Une espèce en voie de disparition.
Reste à savoir si les troupes de l’UDCO sauront capitaliser sur cette mémoire pour se projeter vers les prochaines échéances électorales. Le souvenir d’un leader visionnaire est un capital symbolique puissant, mais qui, en politique congolaise, se dilue plus vite que l’encre des résolutions. L’émotion passée, il faudra des actes. Et comme l’a si bien rappelé l’assistance : le Congo a moins besoin d’hommages que de successions réussies.
Alors, à l’heure où le pays entre dans une nouvelle phase de recomposition politique, le nom de Banza Mukalay résonne comme un rappel à l’ordre. Un rappel qu’un leader ne se mesure pas seulement aux postes occupés, mais aux idées qu’il laisse derrière lui. L’UDCO, orpheline de son guide, pourra‑t‑elle transformer l’essai ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
