AccueilActualitéPolitiqueRévision constitutionnelle en RDC : Boshab brise le tabou de l'immobilisme

Révision constitutionnelle en RDC : Boshab brise le tabou de l’immobilisme

Le débat sur la révision constitutionnelle en RDC a franchi un nouveau seuil ce samedi 30 mai 2026. Dans l’enceinte feutrée de l’Université de Kinshasa, la faculté de droit a vibré au son d’une réflexion scientifique aussi audacieuse que nécessaire. Organisée par le Département de droit public interne, cette matinée académique, placée sous le signe de la transition – celle du professeur Dieudonné Kaluba Dibwa –, a vu s’affronter le texte sacré de la Constitution 2006 et les réalités mouvantes d’un pays en quête de repères.

Le moment clé fut sans conteste l’intervention du professeur émérite Évariste Boshab. L’ancien président de l’Assemblée nationale, aujourd’hui parangon de la doctrine juridique congolaise, n’a pas mâché ses mots : la loi fondamentale doit être actualisée. Un plaidoyer qui, venant d’une figure aussi rompue aux arcanes du pouvoir, ne peut être réduit à une simple spéculation académique. Boshab a, en filigrane, ouvert la boîte de Pandore des intérêts politiques qui se cachent derrière toute tentative de toucher à l’architecture constitutionnelle.

« Toute œuvre humaine est appelée à évoluer », a-t-il lancé, dans une formule qui résonne comme un défi au conservatisme juridique. Le débat sur les dispositions dites intangibles – ces articles verrouillés qui protègent notamment la forme républicaine de l’État ou le nombre de mandats présidentiels – est selon lui un faux-semblant. Si certaines clauses bénéficient d’une protection particulière, l’ensemble du texte ne saurait être momifié. L’image est forte : une constitution figée serait un cadavre normatif, incapable d’irriguer le corps social des évolutions qu’il appelle.

En plaidant pour une actualisation constitutionnelle en RDC, le professeur Boshab a esquissé une voie étroite mais praticable : celle de l’expertise indépendante. Loin des manœuvres politiciennes qui guettent toute velléité de réforme, il appelle au concours d’esprits libres, capables d’un regard objectif sur les expériences étrangères. La France, a-t-il rappelé, débat en permanence de sa Constitution sans que la République en soit ébranlée. Ce parallèle n’est pas anodin : il suggère que derrière les cris d’orfraie des gardiens du texte, se cache souvent la peur d’un rééquilibrage des pouvoirs.

Mais l’ancien cacique du parti au pouvoir a aussi égratigné la faiblesse de la littérature scientifique nationale. Le constat est amer : très peu d’ouvrages décortiquent la révision constitutionnelle en RDC sous l’angle juridique. Ce vide bibliographique – ou ce désert doctrinal, c’est selon – empêche le débat de s’élever au-dessus des slogans et des peurs irrationnelles. Sans recherche approfondie, le champ est laissé aux rumeurs et aux calculs politiques les plus cyniques.

L’irruption de cette parole professorale dans le débat public tombe à point nommé. La Constitution de 2006, née des cendres de la transition, atteint l’âge des remises en cause. Les appels à sa révision, jusqu’ici discrets ou captés par des agendas partisans, trouvent soudain une caution scientifique. Reste à savoir si le pouvoir en place, dont les ambitions prêtent déjà le flanc à la suspicion, saura saisir cette offre d’expertise sans la pervertir. Car la frontière entre actualisation légitime et tripatouillage opportuniste est mince, et l’histoire récente du continent n’a que trop montré comment les plus nobles intentions constitutionnelles finissent en instruments d’usure du pouvoir.

Boshab, en concluant sur l’impératif d’une « approche scientifique », a lancé un pavé dans la mare politique. Il ne s’agit plus de savoir si la Constitution doit être révisée, mais comment et par qui. L’Université de Kinshasa faculté de droit, par cette initiative, se repositionne en gardienne d’un débat éclairé. La balle est désormais dans le camp des décideurs. La société civile, les partis politiques et les partenaires internationaux devraient y être attentifs : le temps des réformes improvisées est révolu, celui de l’analyse rigoureuse ne fait peut-être que commencer.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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