La déclaration a claqué comme un coup de semonce dans un ciel politique déjà lourd de menaces. Blaise Omunyepa, président fédéral de l’Alliance pour le Changement (A.CH) au Haut-Uele 2, a livré ce vendredi 29 mai 2026 une charge d’une rare virulence contre toute perspective de révision constitutionnelle en République démocratique du Congo. Un tir groupé qui cible explicitement la tentation – encore officieuse – d’un troisième mandat présidentiel pour Félix Tshisekedi, et qui replace la question institutionnelle au cœur du débat national.
Dans l’interview exclusive accordée au site CongoProfond.net, le responsable de l’opposition n’a pas mâché ses mots. À ses yeux, le pays traverse déjà une zone de turbulences sécuritaires et sociales suffisamment préoccupante pour que l’on évite d’y ajouter un séisme constitutionnel. « Toute initiative de modification de la Constitution de 2006 constituerait une dérive politique dangereuse, sans urgence nationale avérée », a-t-il martelé. Et de préciser, comme pour mieux souligner le caractère inopportun du débat, que la République « n’a pas besoin d’une crise institutionnelle bâtie sur des calculs partisans ».
Le ton est vite monté lorsque l’opposant a abordé le sort du chef de l’État à l’issue de son mandat en cours. Dans une formule choc qui fera date, Blaise Omunyepa a lancé : « Après le deuxième mandat, Félix Tshisekedi n’aura pas deux secondes de maintien au pouvoir. » Une phrase sans appel qui sonne comme une fin de non-recevoir à toute velléité de prolongation. Derrière l’éclat rhétorique, c’est toute une stratégie de rupture frontale que l’A.CH assume désormais ouvertement, en érigeant la limitation des mandats en totem politique.
Cette sortie d’Omunyepa s’inscrit dans un climat de fébrilité croissante. Alors que des rumeurs insistantes prêtent à l’entourage présidentiel l’intention de lancer un chantier de révision constitutionnelle, l’opposition RDC, toutes tendances confondues, monte en première ligne. L’A.CH, parti cher à l’honorable Jean-Marc Kabund, entend bien incarner l’aile la plus inflexible de cette opposition. « La Constitution est claire : deux mandats, point. Ceux qui rêvent de voir le président s’éterniser se bercent d’illusions », ajoute Omunyepa, non sans une pointe de défi.
Au-delà de la posture de rejet, le président fédéral a esquissé une feuille de route politique : celle d’une « vigilance citoyenne généralisée » et d’une mobilisation en préparation contre ce qu’il qualifie de projet politique contesté. L’opposant prévient que toute manœuvre en coulisses pour faire sauter le verrou constitutionnel se heurtera à une résistance déterminée, à la fois dans l’hémicycle et dans la rue. Une manière de signifier que le camp Tshisekedi joue avec le feu en caressant l’hypothèse d’un maintien prolongé au pouvoir.
Pourtant, dans cette rhétorique de fermeté, une main tendue : Blaise Omunyepa se dit favorable à un dialogue national inclusif, à condition que ce cadre ne serve pas « de paravent à la confiscation du pouvoir ». Il propose des échanges structurés sur les grandes questions institutionnelles, tout en excluant catégoriquement d’ouvrir la boîte de Pandore du troisième mandat. « Dialoguons pour consolider la démocratie, pas pour l’enterrer », insiste-t-il, conscient que l’initiative pourrait être récupérée par le pouvoir.
Alors que l’horizon politique congolais se charge de nuages, la déclaration d’Omunyepa vient rappeler que le débat autour du troisième mandat demeure une véritable poudrière. Le président Félix Tshisekedi, déjà confronté à une majorité parlementaire parfois rétive et à des défis sécuritaires immenses, sait que toute aventure constitutionnelle risquerait de fragiliser durablement son édifice politique. L’opposition, elle, affûte déjà ses armes. La bataille pour l’alternance démocratique ne fait que commencer.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
