Alors que le virus Ebola a refait surface en Ituri le 17 mai dernier, une course contre la montre s’est engagée pour éviter une propagation incontrôlée. Au cœur de cette riposte, un acteur inattendu mais déterminant : la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUSCO). Loin des projecteurs, ses avions, ses véhicules et ses agents sillonnent la province pour acheminer le matériel vital et éduquer les populations. Mais comment cette logistique de guerre influence-t-elle la lutte contre l’épidémie ?
Tout commence dans les airs. Depuis le début de l’alerte, la MONUSCO a intensifié ses rotations aériennes entre Kinshasa, Goma, Nairobi et Entebbe. Rien que lundi, près de 5 tonnes d’équipements d’urgence ont atterri à Bunia, acheminant des trésors de protection : combinaisons spéciales, fournitures de laboratoire, médicaments et tentes médicales. Comme un pont aérien humanitaire, cette flotte permet de réduire le délai entre le diagnostic et la prise en charge, un facteur clé lorsque l’on sait qu’Ebola peut tuer en quelques jours. « Chaque heure gagnée, c’est une vie potentiellement sauvée », rappelle un spécialiste de la riposte.
Au sol, le ballet ne s’arrête pas. Quatre véhicules et deux motos, dépêchés depuis Goma et Entebbe, viennent renforcer les équipes sur le terrain. Ces engins, véritables artères de la riposte, acheminent les intrants jusqu’aux zones les plus reculées. Et ce n’est que le début : 11 tonnes supplémentaires de matériel sont attendues ce mercredi, toujours par les airs, en provenance de Kinshasa et Nairobi. Une démonstration de force logistique qui transforme la MONUSCO en épine dorsale de la réponse congolaise.
Mais pour endiguer Ebola, il ne suffit pas de déployer du matériel. Le virus se nourrit des gestes quotidiens, des habitudes culturelles, des méfiances communautaires. C’est pourquoi, dans l’ombre des avions cargos, les casques bleus et le personnel civil de la Mission se muent en pédagogues. À Tchabi, une base de la MONUSCO nichée au cœur de la province, la section des Affaires civiles a lancé des campagnes de sensibilisation d’une intensité rare. Lundi 18 mai, plusieurs dizaines de personnes – dont 19 femmes – ont été formées sur l’importance de l’hygiène personnelle, les risques liés à la consommation de viande de brousse et les gestes barrières recommandés par les autorités sanitaires.
Pourquoi cibler la viande de brousse ? Parce que ce mets traditionnel, apprécié dans de nombreux foyers, peut être un vecteur insidieux du virus Ebola. La maladie se transmet en effet par contact avec des animaux sauvages infectés ou leurs fluides. En expliquant cela avec des mots simples, les équipes de la MONUSCO désamorcent les croyances erronées et outillent les communautés. « Le lavage des mains, c’est notre vaccin quotidien », martèlent-ils, reprenant une analogie qui frappe les esprits.
Cette approche multisectorielle, alliant logistique et sensibilisation, s’inscrit dans une stratégie globale où la MONUSCO épaule le gouvernement congolais, les agences des Nations Unies et les humanitaires. Elle montre que la riposte ne se gagne pas seulement dans les centres de traitement, mais aussi au coin d’une rue, lors d’une conversation avec un chef de village. Alors que l’épidémie menace de s’étendre, ces efforts rappellent une vérité essentielle : face à un virus qui voyage à la vitesse de la peur, la réponse doit voyager à la vitesse de la solidarité. Et en Ituri, cette solidarité a désormais les ailes de la MONUSCO.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
