Le baisser de rideau est imminent pour Bruno Lemarquis. Après quatre années à sillonner les couloirs kinois et les zones de crise, le représentant spécial adjoint de la MONUSCO et coordonnateur résident humanitaire a officiellement clos, ce lundi 28 avril, son mandat en République démocratique du Congo. L’heure est au bilan, et le diplomate onusien, avant de rejoindre une nouvelle affectation, n’a pas mâché ses mots : le pays doit d’urgence s’attaquer à ses « petits détails » structurels, ces grains de sable qui paralysent le moteur du développement.
Arrivé en RDC en 2022, Bruno Lemarquis s’est rapidement imposé comme un artisan discret mais influent de plusieurs chantiers de réformes. Sa mission, souvent en coulisses, a consisté à accompagner les autorités congolaises dans la modernisation de secteurs clés : de la gestion des finances publiques à la consolidation de la paix, en passant par l’assistance humanitaire d’urgence auprès des millions de déplacés de l’Est. Un rôle technique, loin des projecteurs, mais dont il dresse aujourd’hui un bilan en demi-teinte. « J’ai apporté ma contribution », confie-t-il, avec la retenue de ceux qui savent que l’essentiel reste à accomplir.
Car derrière les avancées, le coordonnateur sortant pointe un mal persistant : la gouvernance RDC demeure empêtrée dans un mille-feuille administratif où les dysfonctionnements les plus anodins deviennent des freins colossaux. À l’en croire, ce ne sont pas les ambitions qui manquent, mais plutôt la capacité à débloquer les rouages du quotidien. Une inertie qui interroge : comment expliquer qu’une nation aux ressources colossales tarde à décoller à cause de ce que Bruno Lemarquis qualifie lui-même de « petits détails » ? Ironie de l’histoire, ces blocages rappellent la légendaire lenteur des administrations postcoloniales, où un formulaire égaré peut plomber un projet de plusieurs millions de dollars.
Ce bilan mandat RDC, bien que teinté de diplomatie, révèle une frustration sourde. Le départ de Bruno Lemarquis survient à un moment charnière pour la MONUSCO, dont la présence est de plus en plus contestée, et pour un pays où l’urgence humanitaire côtoie l’immobilisme politique. Alors que le représentant s’envole vers de nouveaux cieux, la question demeure : Kinshasa saisira-t-elle la balle au bond pour transformer ces réformes RDC en réalité palpable, ou laissera-t-elle les « petits détails » continuer d’écrire l’histoire d’un éternel recommencement ? Les prochains mois, avec l’arrivée d’un successeur, offriront un premier verdict.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
