AccueilActualitéPolitiquePasseports spéciaux RDC : pourquoi Thérèse Kayikwamba exige un audit national

Passeports spéciaux RDC : pourquoi Thérèse Kayikwamba exige un audit national

La multiplication anarchique des passeports spéciaux en République démocratique du Congo n’est plus un secret de polichinelle. La ministre d’État aux Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a choisi le Conseil des ministres du vendredi 15 mai pour poser publiquement les termes d’une équation devenue périlleuse : comment préserver la valeur et la crédibilité des documents officiels congolais quand leur distribution semble échapper à tout contrôle rationnel ?

En attirant l’attention du gouvernement sur les « risques divers pouvant peser sur la valeur des passeports des officiels congolais », la cheffe de la diplomatie ne fait pas que lancer une alerte feutrée. Elle dénonce, en creux, un système de privilèges qui, à force d’être galvaudé, menace la réputation internationale du pays. Quelle légitimité peuvent encore avoir ces passeports spéciaux si leur nombre explose au point de diluer leur caractère exceptionnel ?

Le constat posé, la ministre ne s’est pas contentée d’un simple état des lieux. Elle a soumis au Conseil un quatuor de mesures concrètes. D’abord, l’organisation de concertations interinstitutionnelles sous la houlette de son ministère, pour repenser l’octroi et l’usage de ces documents. Ensuite, une revisitation du cadre juridique actuel, jugé perméable aux abus. Puis, fait rare et significatif, un audit national complet des passeports spéciaux en cours de validité – une opération-vérité qui pourrait bousculer bien des habitudes. Enfin, la mise sur pied d’un dispositif national de coordination et de contrôle, seul à même d’endiguer une dérive devenue patente.

Cette cure de rigueur intervient à un moment charnière pour l’identité nationale et la mobilité congolaise. Depuis le lancement, le 5 juin dernier, du nouveau passeport biométrique produit par la firme allemande Dermalog, le pays tourne la page d’une ère Semlex marquée par l’opacité et la non-conformité aux standards de l’OACI. Le président Félix Tshisekedi, en recevant solennellement son exemplaire à l’Institut national des arts, a offert une image de modernité. Mais cette modernité ne saurait se limiter aux passeports ordinaires. Pendant que l’on sécurise à grands frais les documents de voyage du commun des Congolais, les passeports spéciaux, eux, continuent de circuler sous un régime aussi flou que laxiste, nourrissant tous les soupçons de clientélisme et de fraude.

La réforme des passeports congolais ne peut donc se concevoir à deux vitesses. Le geste de la ministre Kayikwamba Wagner consiste précisément à aligner le régime des passeports spéciaux sur l’exigence de transparence et de sécurité qui sous-tend la transition biométrique. Un passeport, quel qu’il soit, ne vaut que par la confiance qu’il inspire aux autorités étrangères et la certitude qu’il n’est pas un instrument au service d’intérêts particuliers. Or, la croissance incontrôlée du nombre de bénéficiaires érode cette confiance. Qui contrôle vraiment qui détient un passeport spécial ? À quel titre ? Pour quels usages ? L’audit national réclamé devrait apporter des réponses à ces questions dérangeantes.

La tâche s’annonce ardue. Les résistances seront nombreuses, tant le passeport spécial est devenu un marqueur symbolique et pratique du pouvoir d’influence. Mais en liant son action à l’ambition affichée de digitalisation des services consulaires, Thérèse Kayikwamba Wagner pose un jalon politique important. Elle signifie que la RDC ne peut plus se permettre d’entretenir des illôts d’impunité documentaire sous peine de fragiliser, un jour, sa propre majorité diplomatique.

Le prochain épisode se jouera autour des concertations interinstitutionnelles. La société civile et les partenaires internationaux observeront avec attention si la volonté réformatrice du gouvernement résiste à l’épreuve des compromis politiques. Une chose est sûre : le temps des arrangements discrets avec le régime de délivrance des passeports spéciaux est compté. La crédibilité de l’État congolais en dépend.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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