Alors que la 17ème épidémie de la maladie à virus Ebola frappe de nouveau la province de l’Ituri, une voix experte s’élève pour rappeler l’urgence d’une stratégie éprouvée : la surveillance à base communautaire. Le Dr Michel Muvudi, expert en santé publique, a livré ce samedi 16 mai un plaidoyer sans détour sur les ondes de Radio Okapi. Son message est clair : sans l’implication active des populations, la riposte contre Ebola en RDC risque de se heurter aux mêmes écueils que par le passé.
« La propagation rapide des cas doit nous amener à renforcer les zones de santé », a-t-il déclaré, pointant du doigt un retard récurrent dans la détection des flambées épidémiques. Cette maladie, souvent comparée à un incendie qui se propage dans la savane, exige une réponse aussi rapide que la course des flammes. Une détection tardive, c’est autant de vies perdues dans des villages reculés où l’information circule moins vite que le virus. Comment, dès lors, briser cette chaîne de transmission ? Pour le Dr Muvudi, la réponse réside dans un renforcement prioritaire des structures de santé de première ligne.
Le renforcement des zones de santé n’est pas qu’une question de logistique ; c’est un véritable bouclier collectif. Imaginez un filet de pêche : si les mailles sont trop larges, les poissons s’échappent. De la même manière, des zones de santé sous-équipées laissent filer les cas suspects, transformant un foyer isolé en une épidémie généralisée. Le spécialiste insiste : plus ces structures disposeront de moyens humains, matériels et de protocoles clairs, plus la riposte sera précoce, ciblée et efficace. Chaque minute gagnée est une vie potentiellement sauvée.
Mais l’élément central de cette stratégie demeure la surveillance communautaire Ebola. « Une fois de plus, l’implication et la participation de la communauté à travers une communication efficace restent le pilier essentiel de toute riposte », a martelé le Dr Michel Muvudi. Il s’agit ici d’un changement de paradigme : au lieu d’attendre que les malades se présentent dans des centres de santé souvent éloignés, ce sont les communautés elles-mêmes qui deviennent les sentinelles de la maladie. Des relais formés, des chefs de village sensibilisés, des femmes relais : tous peuvent signaler un décès inhabituel ou des symptômes suspects, évitant ainsi une transmission silencieuse.
Cette approche n’est pas nouvelle, mais elle a cruellement fait défaut lors des précédentes épidémies. En tirant les leçons de la pandémie de la COVID-19, où la mobilisation communautaire a parfois permis de contenir des vagues, le Dr Muvudi appelle à inscrire cette participation citoyenne au cœur de chaque intervention. « Pour cette épidémie, nous invitons les partenaires techniques et financiers à apporter un appui coordonné au gouvernement dans une approche multisectorielle », a-t-il ajouté, soulignant que la lutte contre Ebola ne peut être gagnée par le seul ministère de la Santé.
Dans l’Ituri, province meurtrie par des années de conflits et de déplacements de population, la défiance envers les autorités sanitaires reste un obstacle majeur. Or, comme le rappelle souvent le dicton, « on ne combat bien que ce que l’on connaît ». D’où l’importance d’une communication transparente, respectueuse des croyances locales et portée par des acteurs issus de la communauté. Le renforcement des zones de santé passe aussi par cette confiance retrouvée.
En définitive, le message du Dr Michel Muvudi est un appel à l’action collective. Face à la 17ème épidémie d’Ebola en Ituri, il n’y a pas de temps à perdre en tergiversations. La riposte Ebola RDC doit s’ancrer dans le réel : des zones de santé robustes, des communautés mobilisées et des partenaires alignés. Car la vraie victoire ne se mesurera pas uniquement en nombre de cas guéris, mais en capacités durables à prévenir la prochaine flambée. Et si la solution était déjà entre les mains de chaque citoyen ?
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
